La Commission de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac), l’institution motrice de l’intégration régionale, a été contrainte de suspendre la quasi-totalité de ses activités. Cette décision radicale, actée par une note interne, est une conséquence directe d’une crise de trésorerie aiguë qui menace désormais la survie même de l’organe exécutif de la communauté.
Cette suspension opérationnelle se traduit par un gel immédiat de toutes les réunions administratives et missions officielles non essentielles prévues au budget. Seules les activités jugées “hautement stratégiques”, probablement liées à la gestion de l’union monétaire ou aux engagements internationaux obligatoires, sont maintenues. Le président de la Commission, Balthazar Engonga, présente cette mesure comme un acte de rigueur de gestion interne, visant à réduire drastiquement les dépenses face à une “dégradation continue de sa situation financière”.
Cette paralysie institutionnelle trouve sa source dans le dysfonctionnement chronique du financement de la Cemac. L’institution dépend principalement d’une ressource propre : la taxe communautaire d’intégration (TCI), prélevée sur les importations en provenance de l’extérieur de la zone. En théorie affectée, cette taxe devrait être automatiquement reversée par les États membres. Dans les faits, la plupart des six pays (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, Tchad) conservent ces fonds dans leurs budgets nationaux. En 2025, seul le Gabon, doté d’un mécanisme de prélèvement autonome, a versé sa contribution intégrale de 10,5 milliards de FCFA.
À court terme, cette pause forcée entraînera inévitablement des retards considérables sur des projets d’infrastructures régionales, la mise en œuvre effective de la libre circulation des personnes et des biens, et plus globalement, l’agenda d’intégration. La crédibilité de la Cemac, déjà mise à mal par des avancées concrètes limitées, en sortira durablement affaiblie. La crise expose au grand jour le manque de volonté politique des États membres à doter leur organisation commune de moyens réels et prévisibles.
L’économiste Djimadoum Mandekor, ancien directeur à la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC), souligne que cette crise n’est pas une surprise. Elle reflète, selon lui, les difficultés de trésorerie des États eux-mêmes, qui préfèrent utiliser les fonds de la TCI pour combler leurs propres déficits. Il rappelle que des fonctionnaires de certaines institutions communautaires n’étaient déjà plus payés depuis deux mois, et qu’une tournée du vice-président de la Commission dans quatre pays membres pour réclamer les fonds dus est restée vaine.
Cette débâcle financière pose une question fondamentale sur l’avenir du projet communautaire. La Commission exhorte les États à mettre en place, comme le Gabon, un mécanisme de prélèvement automatique et isolé de la TCI, garanti contre tout détournement. Sans cette réforme structurelle, toute relance des activités ne serait qu’un pansement sur une fracture béante. L’épisode actuel démontre crûment que sans un financement indépendant et obligatoire, les belles déclarations d’intention sur l’intégration resteront lettres mortes, et les institutions, des coquilles vides.



