Le dernier traité de désarmement nucléaire liant les États-Unis et la Russie, New Start, est expiré ce jeudi 5 février 2026. Cet événement marque la fin de l’architecture de contrôle des armements héritée de la guerre froide et ouvre une ère d’incertitude stratégique sans précédent depuis la fin des années 1960.
Ce traité, signé en 2010, imposait des plafonds vérifiables aux arsenaux stratégiques des deux pays, les limitant à 1 550 ogives nucléaires déployées et 800 vecteurs (missiles intercontinentaux, sous-marins et bombardiers). Son expiration signifie la disparition du dernier mécanisme de transparence et de vérification mutuelle, privant la communauté internationale d’un outil essentiel de stabilité et de prévention des risques d’escalade.
Cette rupture s’inscrit dans un processus de délitement progressif du régime de non-prolifération. Elle fait suite au retrait américain du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) en 2019 et à la suspension par la Russie de sa participation à New Start en 2023, dans un contexte d’antagonisme profond exacerbé par la guerre en Ukraine. La confiance entre les deux principales puissances nucléaires est au plus bas, rendant impossible toute négociation de remplacement dans un avenir proche.
Les perspectives sont celles d’un monde multipolaire où la dissuasion nucléaire sera moins encadrée et plus complexe. L’Otan, tout en appelant à la “retenue et à la responsabilité”, a déjà annoncé qu’il prendrait “les mesures nécessaires” pour garantir l’efficacité de sa posture de dissuasion. La principale inconnue réside désormais dans le comportement des autres acteurs, principalement la Chine, dont l’arsenal est en expansion rapide. Washington a clairement indiqué que tout futur accord devrait inclure Pékin, une exigence que ce dernier rejette catégoriquement pour le moment.
L’émergence de la Chine comme puissance nucléaire majeure redéfinit entièrement l’équation stratégique. Son arsenal est passé d’environ 250 têtes en 2020 à plus de 600 aujourd’hui. Comme l’analyse Héloïse Fayet, chercheuse à l’Ifri, “Si la Chine continue sur cette trajectoire, les États-Unis feraient face à deux compétiteurs nucléaires. C’est l’une des justifications derrière cette expiration de New Start sans solution de remplacement”. La position chinoise, qui a exclu “à ce stade” toute discussion trilatérale sur la maîtrise des armements, illustre un nouvel état d’esprit où la force et la dissuasion prévalent sur la diplomatie du désarmement.
Dans ce paysage fragmenté, les autres puissances nucléaires sont contraintes de réévaluer leur posture. La France, seule détentrice de l’arme atomique au sein de l’Union européenne, plaide pour un système international rénové mais prépare aussi sa propre adaptation. Un discours très attendu du président Emmanuel Macron à Lille, fin février, doit actualiser la doctrine nucléaire française, reflétant cette nouvelle réalité stratégique où la parole et la menace nucléaires sont devenues plus explicites, comme l’illustrent les postures de la Russie et de la Corée du Nord.
L’expiration de New Start ne signifiera pas nécessairement une course quantitative effrénée aux armements, les arsenaux actuels étant déjà considérables. Elle pourrait en revanche accélérer une course qualitative à la modernisation et à la diversification des vecteurs, et légitimer une rhétorique nucléaire plus coercitive. Le monde entre dans une phase où la stabilité reposera moins sur des traités vérifiables que sur une gestion prudente et risquée des équilibres de la terreur.



