Le Fonds vert pour le climat (GCF) a franchi un nouveau palier. Réuni le 28 mars à Incheon, en Corée du Sud, son conseil d’administration a validé 960,3 millions de dollars de financements et acté une décision structurante pour l’Afrique : l’ouverture de bureaux régionaux à Abidjan et Nairobi. Avec ces nouvelles approbations, le portefeuille total du fonds dépasse désormais les 20 milliards de dollars, répartis sur 354 projets et programmes à travers le monde.
Sur les quelque 960 millions approuvés, près de la moitié, soit 441 millions de dollars, est orientée vers l’Afrique. Le programme phare, ASCENT GREEN, porté avec la Banque mondiale, concentre à lui seul 250 millions de dollars pour soutenir l’accès à l’énergie et la résilience climatique dans vingt et un pays d’Afrique orientale et australe. L’initiative vise à toucher directement près de 29 millions de personnes dans des régions où 365 millions d’habitants vivent encore sans électricité. D’autres projets ciblent des secteurs précis : l’adaptation agricole au Tchad, des mécanismes de protection contre les risques climatiques pour les petits exploitants en Zambie, ou encore des solutions climato intelligentes pour les PME et agriculteurs kényans en partenariat avec KCB Bank.
La décision d’implanter des bureaux régionaux à Abidjan et Nairobi répond à une logique de rapprochement avec les États bénéficiaires, longtemps réclamée par les pays africains pour accélérer la préparation et l’exécution des projets. Pour la Côte d’Ivoire, ce choix conforte une stratégie plus large de consolidation de son rôle de pôle énergétique ouest africain, alors que le pays cherche à diversifier son mix électrique vers les énergies renouvelables. Ces annonces interviennent dans un contexte où le financement climatique sur le continent reste structurellement entravé par un accès insuffisant aux capitaux de long terme, des coûts de financement élevés et une perception du risque qui freine l’investissement privé.
Avec ce déploiement physique, le Fonds vert pour le climat espère fluidifier le montage des dossiers et réduire les délais, souvent décriés, entre l’approbation des financements et la mise en œuvre effective sur le terrain. L’accent mis sur les procédures simplifiées et sur des mécanismes de partage des risques vise aussi à catalyser les capitaux privés, encore trop marginaux dans le financement climatique africain. À moyen terme, l’institution compte sur ces bureaux régionaux pour accompagner une montée en puissance des projets d’adaptation, longtemps sous financés par rapport à l’atténuation, et pour structurer des programmes à plus grande échelle, mieux adaptés aux réalités locales.
GCF Board #GCFB44 selects Nairobi, Kenya 🇰🇪 as the host for the GCF Africa Regional Office covering East and Southern Africa. As the world's climate fund for developing countries, this brings us closer to the countries we serve for more efficient delivery of #ClimateAction. pic.twitter.com/DOglAo445r
— Green Climate Fund (@theGCF) March 28, 2026
Malgré ces avancées, les obstacles structurels demeurent. Selon les données récentes, l’Afrique reçoit encore moins de 5 % des financements climatiques mondiaux, alors qu’elle figure parmi les régions les plus vulnérables aux effets du réchauffement. Dans un entretien publié par Proparco, le président directeur général d’Equity Group Holdings rappelait que l’absence de capitaux abordables et de long terme reste un frein majeur, limitant la capacité des institutions locales à investir dans la résilience. La perception du risque, la fragmentation des projets et la difficulté à atteindre une taille critique dissuadent encore une large partie des investisseurs institutionnels et privés.
GCF Board #GCFB44 selects Abidjan, Côte d'Ivoire 🇨🇮 as host of GCF Africa Regional Office covering Central, North, & West Africa. As the world's climate fund for developing countries, this brings us closer to the countries we serve for more efficient delivery of #ClimateAction. pic.twitter.com/nubEe50f1L
— Green Climate Fund (@theGCF) March 28, 2026
La stratégie du Fonds vert pour le climat, à travers ses nouveaux bureaux régionaux et l’intégration d’instruments de dérisquage, tente précisément de répondre à ces verrous. En s’implantant à Abidjan et Nairobi, le GCF mise sur une meilleure appropriation locale et une plus grande réactivité face aux demandes des États et des porteurs de projets. Mais la véritable mesure de cette réorganisation tiendra dans sa capacité à transformer ces annonces en flux financiers effectifs sur le terrain, et à inverser la courbe d’un financement climatique encore trop concentré et trop coûteux pour les économies qui en ont le plus besoin.



