Aliko Dangote conserve sa couronne. Selon le dernier classement Forbes des milliardaires africains pour l’année 2026, l’homme d’affaires nigérian reste l’homme le plus riche du continent. Sa fortune, bâtie sur un empire du ciment, du sucre et des produits alimentaires, continue de prospérer, portée par l’entrée en production de sa mégaraffinerie de pétrole située près de Lagos. Avec une capacité de 650 000 barils par jour, ce projet phare ancre un peu plus sa domination sur le tissu économique ouest-africain.
Derrière ce leader incontesté, le classement confirme la bonne santé des conglomérats historiques et la diversification des sources de richesse. L’Afrique du Sud place quatre représentants dans le top 10, illustrant la résilience de son économie. Johann Rupert, à la tête du groupe de luxe suisse Richemont (Cartier, Van Cleef & Arpels), prend la deuxième place, suivi de Nicky Oppenheimer. Ce dernier a su préserver et faire fructifier le capital issu de la vente de sa participation dans De Beers en 2012. Patrice Motsepe et le visionnaire Koos Bekker, ancien patron de Naspers dont l’investissement précoce dans Tencent a rapporté des milliards, complètent le contingent sud-africain.
La composition de ce top 10 reflète également les mutations profondes des économies du continent. Au Nigeria, Mike Adenuga (télécoms et pétrole) et Abdulsamad Rabiu (ciment et sucre) confirment leur place aux côtés de Dangote, consolidant la position du pays comme poids lourd des affaires. L’Égypte est représentée par Nassef Sawiris, dont le groupe OCI domine le marché mondial des engrais, tandis que l’Algérien Issad Rebrab, fondateur du géant Cevital, demeure la première fortune du Maghreb. Enfin, la présence de Mohammed Al-Amoudi, dont les investissements via MIDROC couvrent aussi bien l’or que l’hôtellerie en Éthiopie, rappelle l’importance des liens transcontinentaux.
L’histoire récente de ces fortunes illustre un basculement stratégique. Là où les premières générations de milliardaires se sont souvent construites sur l’exploitation des matières premières ou des monopoles nationaux, la nouvelle donne est à l’intégration industrielle et aux paris technologiques. La raffinerie de Dangote, destinée à mettre fin au paradoxe d’un Nigeria importateur de pétrole, en est l’exemple le plus frappant. De même, le génie de Koos Bekker chez Naspers a ouvert la voie à une génération d’investisseurs regardant vers l’Asie et les marchés numériques.
Cette concentration des richesses pose toutefois la question de leur impact sur le développement local. Si ces conglomérats créent des emplois et des infrastructures, ils interrogent aussi sur la répartition des bénéfices et l’émiettement du tissu industriel. La discrétion légendaire de Mike Adenuga ou les choix d’investissement de Nassef Sawiris, partagé entre les engrais et une participation dans Adidas, montrent des stratégies patrimoniales qui, tout en étant globalisées, restent souvent déconnectées des besoins urgents des populations en matière de services publics ou de technologies accessibles.
À l’avenir, la stabilité de ce classement dépendra de la capacité des États à diversifier leurs économies au-delà des enclaves prospères. La nouvelle génération d’entrepreneurs technologiques, encore absente de ce top 10, pourrait à moyen terme bousculer une hiérarchie dominée par les barons du ciment et du luxe. En attendant, le palmarès 2026 de Forbes confirme une tendance lourde : la richesse africaine, bien que réelle et puissante, reste l’apanage d’une élite industrielle dont les empires, construits sur plusieurs décennies, continuent de dicter leur loi aux marchés régionaux.
Top 10 des Africains les plus riches en 2026 selon Forbes
1. Aliko Dangote (Nigéria) — conserve la première place du classement. Il a bâti sa fortune sur le ciment, le sucre et les produits alimentaires. Son projet phare actuel est une raffinerie de pétrole près de Lagos, d’une capacité de 650.000 barils par jour.
2. Johann Rupert (Afrique du Sud) — préside le groupe suisse Richemont, propriétaire des marques Cartier, IWC et Van Cleef & Arpels. Il incarne la réussite d’un business africain sur le marché mondial du luxe.
3. Nicky Oppenheimer (Afrique du Sud) — a vendu en 2012 sa participation dans le groupe diamantaire De Beers pour 5,1 milliards de dollars. Il a préservé son capital grâce à des investissements diversifiés.
4. Nassef Sawiris (Égypte) — directeur général d’OCI, l’un des plus grands producteurs mondiaux d’engrais et de méthanol. Il détient également une participation dans Adidas. Avec son frère Naguib, il fait partie des familles les plus riches d’Égypte.
5. Mike Adenuga (Nigéria) — a fait fortune dans les télécommunications (Globacom, deuxième opérateur du Nigéria) et le pétrole (Conoil). Discret, il préfère rester loin des projecteurs.
6. Abdulsamad Rabiu (Nigéria) — fondateur de BUA Group. Le groupe opère dans les secteurs du ciment, du sucre, de l’immobilier et de l’industrie chimique.
7. Patrice Motsepe (Afrique du Sud) — a construit son business dans l’exploitation minière (African Rainbow Minerals). Il occupe également le poste de président de la Confédération africaine de football (CAF).
8. Issad Rebrab (Algérie) — fondateur de Cevital, le plus grand conglomérat privé d’Algérie. Ses activités couvrent l’agroalimentaire, la sidérurgie, la distribution et l’énergie. Il est l’homme le plus riche du Maghreb.
9. Mohammed Al-Amoudi (Éthiopie/Arabie saoudite) — contrôle MIDROC, un conglomérat présent dans le pétrole, l’extraction d’or, l’hôtellerie et l’agriculture. Il investit activement en Éthiopie.
10. Koos Bekker (Afrique du Sud) — ancien dirigeant de Naspers. En 2001, le groupe a investi 32 millions de dollars dans le géant chinois Tencent — cet investissement vaut aujourd’hui des dizaines de milliards. Il est considéré comme l’un des investisseurs les plus visionnaires du continent.



