Le président de la transition gabonaise, le général Brice Oligui Nguema, a officialisé jeudi 1er janvier la composition de son gouvernement. Cette annonce, matérialisée par trois décrets présidentiels, nomme un vice-président de la République, institue un vice-président du gouvernement et détaille la liste des trente et un ministres qui formeront le nouvel exécutif.
L’architecture du pouvoir se précise avec la nomination d’Hugues Alexandre Barro Chambrier au poste de vice-président de la République, une fonction principalement protocolaire. Le véritable pivot opérationnel sera Hermann Immongault, élevé au rang de vice-président du gouvernement, un rôle équivalent à celui de Premier ministre. L’équipe ministérielle comprend trente et une personnalités, soit un de plus que le gouvernement précédent, avec une répartition de vingt et un hommes pour dix femmes. Trois nouveaux entrants se voient confier des portefeuilles stratégiques.
Cette nomination d’Hermann Immongault, 53 ans, apparaît comme la clé de voûte de cette réorganisation. Ancien ministre de l’Intérieur, il a supervisé l’organisation des élections durant la période de transition consécutive au coup d’État du 30 août 2023. Son élévation est perçue comme la récompense de sa gestion de ce processus sensible. Proche du président Oligui Nguema, cet ancien ambassadeur et enseignant est décrit comme un gestionnaire sérieux et austère, chargé désormais de coordonner l’action gouvernementale.
La formation de ce gouvernement s’inscrit dans une phase critique de la transition gabonaise. Après la prise de pouvoir par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) et la destitution d’Ali Bongo Ondimba, le régime actuel affiche sa volonté d’ancrer son autorité et de préparer un retour à un ordre constitutionnel. La composition de l’équipe vise à assurer une continuité administrative tout en signalant un certain renouvellement, dans un contexte où la junte doit gérer les attentes d’une population lassée par des décennies de pouvoir des Bongo et les pressions de la communauté internationale pour un retour rapide à l’ordre démocratique.
Les perspectives immédiates pour ce gouvernement seront extrêmement exigeantes. Il devra concilier la gestion des urgences économiques et sociales avec la feuille de route de la transition, qui prévoit l’élaboration d’une nouvelle Constitution et l’organisation d’élections. La présence de ministres clés aux Finances et aux Hydrocarbures indique que la relance économique et la maîtrise de la dette publique sont des priorités absolues. La crédibilité de ce cabinet sera jugée à l’aune de sa capacité à améliorer le quotidien des Gabonais et à conduire un processus politique inclusif et transparent.
L’analyse de la liste ministérielle révèle un subtil équilibre entre continuité et changement. Le maintien de fidèles du président, comme Ulrich Manfoumbi Manfoumbi ou le général Brigitte Onkanowa à la Défense, garantit la stauté du noyau dur du régime. Inversement, le départ de figures importantes de l’ancien système, telles qu’Henri-Claude Oyima aux Finances, symbolise une volonté de tourner la page. L’entrée de profils techniques comme Thierry Minko à l’Économie ou de diplomates expérimentés comme Marie-Edith Tassyla-Ye-Doumbéneny aux Affaires étrangères vise à apporter une expertise et une image de compétence.
Au final, ce gouvernement est avant tout l’expression des calculs politiques de Brice Oligui Nguema. Il consolide son autorité en récompensant ses soutiens les plus loyaux, tout en intégrant des compétences pour gérer l’État. La faible proportion de femmes et l’absence de surprise majeure dans les nominations reflètent les limites du renouvellement annoncé. L’efficacité de cette équipe sera le premier test tangible de la capacité de la transition à dépasser le simple changement d’hommes pour engager des réformes structurelles profondes que réclame une partie de la société gabonaise.



