Le Gabon prépare une rupture majeure dans sa politique alimentaire. Libreville a annoncé l’interdiction totale des importations de poulet de chair à compter de janvier 2027, et scelle pour cela un partenariat technique avec le Sénégal, considéré comme le modèle ouest-africain en matière de production avicole. La coopération, formalisée lors d’une visite de travail du ministre gabonais de l’Agriculture à Dakar, vise à structurer une filière nationale encore balbutiante.
L’accord avec Dakar porte sur un transfert de compétences complet : formation des professionnels, accompagnement à l’organisation des filières, et partage des cadres réglementaires. Le Gabon entend former près de 40 000 travailleurs sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la fabrication d’aliments à la logistique du froid. L’objectif affiché est de substituer localement les quelque 80 % de volaille actuellement importés, tout en réduisant une facture d’importation qui pèse lourdement sur la balance commerciale du pays.
Le Gabon part de très loin. Le pays importe l’essentiel de sa consommation de poulet, faute d’une offre locale structurée et compétitive. Face à cette dépendance, le gouvernement a fait de la souveraineté alimentaire un axe stratégique, dans un contexte de volatilité des prix mondiaux et de tensions sur les approvisionnements. Le Sénégal, lui, a fermé ses frontières à la volaille congelée depuis 2005, une mesure sanitaire maintenue comme outil de développement industriel. Vingt ans plus tard, la production nationale de poulet y a été multipliée par plus de cinq, et une interprofession solide encadre l’ensemble du secteur.
La bascule annoncée d’ici 2027 repose sur un calendrier serré, compte tenu du retard d’infrastructures et de la faiblesse actuelle des volumes produits localement. Les autorités gabonaises comptent sur l’expertise sénégalaise pour éviter les écueils qui ont jalonné d’autres tentatives de substitution aux importations dans la région. Mais le pari est risqué : le Gabon devra investir massivement en aliments pour volailles, en centres d’élevage, en services vétérinaires et en circuits de financement adaptés aux petits exploitants. Sans cela, une interdiction brutale risque de provoquer des tensions d’approvisionnement et une flambée des prix pour les ménages.
Ce rapprochement avec Dakar s’inscrit dans une stratégie plus large de coopération sud sud que Libreville cherche à dynamiser. La visite de la délégation gabonaise a inclus des immersions dans des fermes modernes, des centres de formation technique et des unités de production d’aliments. Ce type d’échange permet aux acteurs gabonais de mesurer concrètement les exigences d’une filière intégrée : régulation, traçabilité, et coordination entre éleveurs, transformateurs et distributeurs.



