Le Gabon a plongé dans le silence numérique. La Haute Autorité de la communication (HAC) a annoncé, mardi 17 février 2026, la suspension immédiate et pour une durée indéterminée de l’ensemble des réseaux sociaux sur le territoire national. La décision, tombée sans préavis, prive les Gabonais de l’accès aux principales plateformes comme WhatsApp, Facebook et TikTok, invoquant un usage abusif de ces outils de communication.
Dans un communiqué lu sur le canal public Gabon 1re, le régulateur justifie ce couperet par la volonté de prévenir des “dérives”. La HAC affirme avoir “constaté” la diffusion récurrente de “contenus inappropriés, diffamatoires, haineux, injurieux”. Selon l’institution, ces publications menacent la cohésion sociale, la stabilité des institutions et la sécurité nationale. Aucun exemple précis n’a toutefois été fourni pour étayer ces accusations, et la mesure s’applique sans exception jusqu’à nouvel ordre.
Cette censure numérique s’inscrit dans un contexte politique et social que l’on sait fragile depuis le putsch de 2023 qui a renversé la dynastie Bongo. Si les autorités de la transition, menées par le général Brice Clotaire Oligui Nguema, promettent un retour à l’ordre constitutionnel, la société civile et l’opposition dénoncent régulièrement un rétrécissement de l’espace civique. La HAC, dont les membres sont nommés par le pouvoir, justifie sa décision en pointant également du doigt la responsabilité des géants de la tech, accusés de ne pas modérer efficacement les contenus illicites sur leurs plateformes.
L’absence de calendrier pour le rétablissement des services installe le pays dans une incertitude numérique totale. Cette coupure risque d’isoler davantage le Gabon sur la scène internationale et de freiner les activités économiques qui dépendent de ces canaux de communication. Elle pose surtout la question de la méthode alors que le pays prétend se préparer à des élections pour tourner la page de la transition militaire.
Derrière l’argument sécuritaire, c’est la liberté d’expression qui est directement visée. En privant les citoyens de leurs principaux espaces de débat, le pouvoir verrouille un peu plus l’information. Si la lutte contre la désinformation et les discours de haine est un objectif légitime, la réponse du régulateur apparaît disproportionnée et contre-productive. Elle prive les Gabonais de tout moyen de communication horizontale et risque de pousser les échanges vers des canaux souterrains, bien plus difficiles à contrôler par les autorités.



