Alors que la guerre déchire le Soudan depuis plus d’un an, le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, a esquissé une nouvelle feuille de route stratégique. Face aux Forces de soutien rapide (FSR) de son rival Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemedti », le général a affirmé sa volonté de bâtir ce qu’il nomme une « armée intelligente ». Cette annonce a été faite lors d’une cérémonie de remise de diplômes à l’Université de Karary, un établissement clé situé au nord d’Omdurman, souvent considéré comme un vivier de l’industrie militaire soudanaise.
Cette modernisation repose sur plusieurs piliers technologiques. Selon le Conseil de souveraineté de transition, l’état-major entend développer la recherche dans des secteurs précis : l’aviation, les drones, l’armement mobile et les systèmes de défense avancés. Parallèlement, une campagne de recrutement ciblera de jeunes ingénieurs et techniciens pour intégrer et renforcer les capacités de l’institution militaire. L’objectif affiché est de passer d’une armée de conscription à une force plus technique, capable de rivaliser avec une milice connue pour sa mobilité et sa dissémination en milieu urbain.
L’intervention d’Al-Burhan s’inscrit dans un contexte de conflit ouvert qui a plongé le pays dans une catastrophe humanitaire. Depuis le 15 avril 2023, les affrontements entre l’armée régulière et les FSR ont fait des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de sept millions de personnes. Dans ce cadre, le chef de l’armée a été ferme sur l’objectif final de la campagne militaire : combattre les FSR jusqu’à leur défaite totale. Il n’envisage pas de négociation tant que l’ennemi n’est pas militairement vaincu.
Cependant, son discours a également laissé une place à une forme de réconciliation ciblée. Al-Burhan a proposé une « main tendue » aux rebelles qui, selon lui, ont pris les armes sous l’influence de la « haine » ou de la « désinformation ». Cette ouverture, bien que conditionnée, semble viser les éléments des FSR qui ne font pas partie du noyau dur dirigeant. Il s’agit probablement d’une tentative de saper la cohésion des forces paramilitaires en isolant Hemedti et ses proches lieutenants du reste des combattants, souvent issus de milices arabes.
Cette annonce stratégique révèle également un changement dans la communication de l’armée. En insistant sur la haute technologie et le recrutement d’ingénieurs, l’institution cherche à redorer son image après des mois de revers sur le terrain, notamment dans la région du Darfour. L’Université de Karary, spécialisée dans les industries militaires, devient ainsi le symbole d’une armée qui veut se réinventer.
Reste à savoir si cette vision pourra se concrétiser rapidement. La guerre a détruit une grande partie des infrastructures du pays et vide les caisses de l’État. Si l’appel aux jeunes diplômés est un signe fort, il ne suffira pas à lui seul à renverser le rapport de force sur le terrain, où les FSR contrôlent toujours de larges portions de Khartoum et du Darfour. La stratégie de l’« armée intelligente » s’annonce comme un pari sur le long terme, dans une guerre qui, elle, exige des résultats immédiats.



