Une première délégation militaire tchadienne a atterri mercredi 1er avril 2026 à Port-au-Prince, marquant le début du déploiement de la Force de répression des gangs (FRG). Cette nouvelle mission internationale, qui doit compter jusqu’à 5 500 hommes d’ici octobre, intervient seulement deux semaines après le retrait des troupes kenyanes, dont l’action avait été largement jugée insuffisante par une grande partie de la population haïtienne.
Les objectifs affichés par la FRG sont ambitieux : neutraliser les gangs armés par des opérations fondées sur le renseignement, sécuriser les infrastructures et axes routiers nationaux, et protéger les civils dans le respect des droits humains. La force devra agir en coordination avec la police nationale et les forces armées d’Haïti, tout en recevant l’appui du bureau intégré des Nations unies en Haïti et de l’Organisation des États américains. Plusieurs contingents venus d’Afrique, des Caraïbes et d’Asie sont attendus dans les mois à venir pour atteindre l’effectif global annoncé.
Ce nouveau déploiement s’inscrit dans un échec patent de la mission multinationale de soutien à la sécurité dirigée par le Kenya. Malgré la présence étrangère, les gangs n’ont jamais cessé d’étendre leur emprise, imposant leur loi dans de vastes quartiers de la capitale et même dans des zones rurales comme le département de l’Artibonite. L’impuissance relative de la précédente force a alimenté une défiance croissante des Haïtiens envers les interventions internationales, perçues comme chroniquement sous-dimensionnées et mal adaptées aux réalités locales.
La FRG joue désormais sa crédibilité sur des semaines décisives. Les premiers soldats tchadiens, accompagnés du coordonnateur de la mission Jack Christofides, devront très vite prouver qu’ils ne reproduisent pas les errements passés. Si les effectifs annoncés sont théoriquement plus importants, rien ne garantit que la logistique, le commandement ou le mandat aient fondamentalement changé. À terme, c’est tout l’équilibre sécuritaire de Port-au-Prince qui est en jeu, avec un risque majeur : que cette nouvelle force ne devienne qu’un énième dispositif sans effet durable.
Dans la capitale haïtienne, le scepticisme domine. Des citoyens interrogés sur place résument une défiance amère : pourquoi les Tchadiens réussiraient là où les Kényans ont échoué ? La réponse dépendra moins du drapeau des contingents que de la volonté politique réelle d’appuyer la mission, de la qualité du renseignement et de la capacité à protéger les populations sans répéter les dérives sécuritaires du passé. Sur le terrain, les gangs continuent de recruter et de s’armer, et rien n’indique pour l’instant qu’ils aient été affaiblis par l’arrivée des premiers soldats.



