L’Union africaine (UA) a exprimé, samedi, sa « grave préoccupation » suite à l’opération militaire menée par les États-Unis au Venezuela, ayant conduit à la capture et à l’exfiltration du président Nicolás Maduro. Dans un communiqué officiel, l’organisation panafricaine a condamné ces actions, réaffirmant avec force son attachement aux principes de souveraineté des États et de non-ingérence dans les affaires intérieures.
L’UA insiste sur le fait que les défis internes du Venezuela ne peuvent trouver une résolution durable qu’à travers un dialogue politique inclusif entre Vénézuéliens, excluant ainsi toute intervention extérieure unilatérale. Elle appelle toutes les parties à la retenue et au respect du droit international, soulignant l’importance du règlement pacifique des différends et du respect des cadres constitutionnels. L’organisation exprime également sa solidarité avec le peuple vénézuélien et réitère son engagement en faveur de la paix et de la stabilité régionale.
Cette réaction de l’UA s’inscrit dans un contexte de tensions prolongées entre Washington et Caracas. Depuis des années, les États-Unis accusent le régime de Maduro de narcotrafic et de déstabilisation régionale, justifiant ainsi une pression accrue, notamment par des sanctions économiques et des déploiements militaires dans les Caraïbes. La crise politique et économique au Venezuela, marquée par une hyperinflation et une fragmentation institutionnelle, a exacerbé les divisions internes et attisé les convoitises étrangères, faisant du pays un enjeu géopolitique majeur.
Les perspectives à court terme sont incertaines. L’administration américaine a annoncé son intention de superviser une transition politique au Venezuela et de solliciter des compagnies pétrolières pour réparer les infrastructures énergétiques du pays. Cependant, cette approche risque de rencontrer une forte résistance, tant sur le plan interne qu’international. L’instabilité pourrait persister, avec des conséquences potentielles sur les flux migratoires régionaux et la sécurité en Amérique latine.
L’UA rejoint ainsi un concert de critiques internationales. L’Afrique du Sud a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, dénonçant une violation de la Charte des Nations Unies. La Russie a qualifié l’opération d’« inacceptable », tandis que des figures politiques, comme le Français Jean-Luc Mélenchon, l’ont décrite comme une « intervention militaire d’un autre âge ». Ces positions contrastent avec le soutien affiché par certains responsables américains, comme l’ancienne procureure Pamela Bondi, qui a salué une opération « hautement réussie ».
Au-delà des principes, la position de l’UA reflète une méfiance historique face aux interventions occidentales, perçues comme une menace pour la souveraineté des États du Sud. Cette prise de position rappelle les débats sur l’ingérence et l’autodétermination, des thèmes sensibles pour de nombreux pays africains ayant connu des épisodes coloniaux ou des conflits liés à des agendas extérieurs. Elle souligne également la volonté croissante de l’organisation d’affirmer une voix diplomatique distincte sur la scène mondiale.
En définitive, la crise vénézuélienne met en lumière les clivages géopolitiques contemporains et les défis du multilatéralisme. Alors que Washington justifie son action par la lutte contre le narcotrafic et la défense de ses intérêts stratégiques, l’UA et d’autres acteurs plaident pour des solutions endogènes et pacifiques. L’issue de cette confrontation pourrait influencer les normes internationales en matière de souveraineté et d’intervention, avec des répercussions bien au-delà des frontières vénézuéliennes.



