L’Iran a prévenu qu’il n’hésiterait pas à entraver la navigation dans le détroit d’Ormuz pour empêcher ce qu’il considère comme des « agresseurs » d’utiliser cette voie stratégique. Cette mise en garde, formulée par le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, vise explicitement les États-Unis et Israël, désignés comme les principales menaces. Téhéran affirme ainsi son intention de mobiliser son droit de riverain pour contrôler l’accès à l’un des passages maritimes les plus critiques au monde.
M. Baghaei a justifié cette position par la nécessité de contrer ce qu’il qualifie d’« agression militaire » en cours contre l’Iran. Selon lui, la République islamique, en tant qu’État côtier, est en droit de prendre des mesures pour interdire le passage aux navires ennemis. Cette déclaration, rapportée par l’agence Sputnik, ne détaille pas les actions concrètes envisagées, mais elle élève le niveau de tension rhétorique dans une zone déjà inflammable où transitent près de 20 % du pétrole mondial.
Cette sortie intervient dans un contexte de regain de tension entre Téhéran et ses adversaires. Les récentes frappes israéliennes contre des positions iraniennes en Syrie, combinées à la présence militaire américaine renforcée dans le golfe Persique, ravivent les craintes d’un embrasement régional. Le détroit d’Ormuz, déjà théâtre d’incidents de saisies de navires et de menaces iraniennes par le passé, redevient le levier privilégié de la stratégie de dissuasion iranienne face à la pression occidentale.
La menace iranienne ouvre une nouvelle phase d’incertitude pour la sécurité énergétique mondiale. Si Téhéran passe à l’acte, les répercussions seraient immédiates : flambée des prix du brut, suspension des assurances maritimes pour les pétroliers, et probable réaction militaire des puissances occidentales présentes dans la zone. Mais au-delà du bluster, cette déclaration vise aussi à rappeler aux partenaires européens que leur sécurité énergétique dépend de la stabilité d’un détroit que Téhéran estime capable de fermer.
Au-delà du bras de fer militaire, le porte-parole iranien a également adressé une charge acerbe contre les Européens. Il les accuse de fermer les yeux sur les « victimes civiles » dans le conflit qui oppose l’Iran à ses rivaux, pour ne s’alarmer que de la hausse des prix du pétrole. Cette critique met en lumière le fossé de perceptions entre Téhéran et les capitales occidentales : pour la République islamique, les pays européens ne seraient mus que par leurs intérêts matériels, ignorant selon elle ce qu’elle présente comme une agression armée.
En utilisant le détroit comme monnaie d’échange, Téhéran cherche à rééquilibrer un rapport de force militaire qui lui est défavorable. L’arme du chantage maritime est vieille comme la région, mais elle prend une acuité particulière alors que l’économie iranienne suffoque sous les sanctions. En menaçant ouvertement de restreindre la navigation, la République islamique envoie un signal clair : elle est prête à exporter son instabilité si ses intérêts vitaux sont menacés, poussant ainsi la communauté internationale à une dangereuse épreuve de force.



