À l’occasion de la Journée internationale du souvenir des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique, le président de la Commission de l’Union africaine (CUA), Mahmoud Ali Youssouf, a livré une déclaration qui dépasse la simple commémoration. Dans un message officiel publié ce 25 mars, il ne se borne pas à honorer la mémoire des millions d’Africains déportés, mais pose un acte politique clair : transformer le souvenir en levier de justice. Il rappelle que le traumatisme de la traite ne saurait être relégué aux seuls livres d’histoire, tant ses conséquences structurelles continuent de façonner la situation des sociétés africaines et de leurs diasporas.
Pour Mahmoud Ali Youssouf, la traite transatlantique ne saurait être réduite à un épisode tragique et révolu. Il insiste sur sa nature d’injustice structurelle, dont les effets économiques, sociaux et culturels se font encore sentir aujourd’hui. L’Afrique, qui a vu une partie de sa force vive arrachée pour servir de pilier à l’accumulation occidentale, reste confrontée aux déséquilibres engendrés par ce pillage humain. Le président de la CUA souligne que l’absence de réparation adéquate perpétue, de fait, les inégalités héritées de ce système. Dès lors, la préservation de la mémoire devient un préalable indispensable, mais non suffisant, à un engagement concret en faveur de l’égalité et de la dignité humaine.
Cette prise de position intervient alors que le débat sur les réparations, longtemps confiné aux cercles militants, gagne progressivement les instances internationales et plusieurs capitales européennes. L’Union africaine, qui a fait de la justice réparatrice l’un de ses axes stratégiques, entend maintenir la pression dans un contexte où les résistances restent fortes. La déclaration de Mahmoud Ali Youssouf s’inscrit ainsi dans une continuité politique, prolongeant la dynamique ouverte par le rapport de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), qui avait évalué le passif historique de l’esclavage et appelé à des mécanismes de réparation. Elle rappelle également que le continent, fort de sa diaspora, entend désormais peser de tout son poids dans ces négociations.
Au-delà du discours mémoriel, la déclaration ouvre la voie à des perspectives concrètes. Le président de la CUA met l’accent sur la nécessité d’une mobilisation internationale accrue pour remédier aux séquelles de l’esclavage, en particulier par l’éducation, la lutte contre le racisme structurel et le dialogue interculturel. Il réaffirme que l’Union africaine ne relâchera pas son effort pour inscrire cet agenda dans les priorités des relations entre l’Afrique et ses partenaires occidentaux. La question n’est plus seulement de savoir si des réparations doivent être envisagées, mais sous quelles formes elles pourraient prendre corps : financières, symboliques, ou par des politiques publiques de rattrapage.
Pour Mahmoud Ali Youssouf, l’éducation est le premier rempart contre l’oubli et la banalisation. Il insiste sur la nécessité d’enseigner cette histoire dans toute sa complexité, en mettant en lumière non seulement les souffrances endurées, mais aussi la résilience des peuples africains et leur contribution à la construction des sociétés américaines et européennes. C’est à ce prix que pourra se construire un véritable dialogue, débarrassé des angles morts et des récits convenus. L’objectif est clair : faire de la connaissance historique un outil de transformation sociale, capable de nourrir des politiques publiques ambitieuses, tant en Afrique qu’au sein des diasporas.
Enfin, cette journée est également l’occasion, pour le chef de la Commission de l’UA, de saluer la force de résilience des communautés issues de la traite. Un rappel qui n’a rien d’anodin : il s’agit de renverser le regard, de ne plus se définir uniquement par la violence subie, mais aussi par la capacité à se reconstruire et à influer sur le cours de l’histoire. La défense des valeurs de dignité, de justice et de solidarité, martelée à travers ce message, n’est pas un vœu pieux. Elle se veut une feuille de route, adressée aux États membres, aux institutions internationales et à l’ensemble des citoyens. Mahmoud Ali Youssouf le dit sans ambages : le combat contre les héritages de l’esclavage se gagne par une exigence de justice concrète, et non par des déclarations de circonstance.



