La Chine confirme sa position hégémonique sur le marché togolais. Au troisième trimestre 2025, Pékin s’impose comme le premier fournisseur du pays, représentant à lui seul plus d’un quart des importations. Ce chiffre illustre une réalité géoéconomique implacable : l’influence asiatique, et plus particulièrement chinoise, est désormais le principal moteur du commerce extérieur du Togo, reléguant les partenaires traditionnels à un rôle secondaire.
Ce leadership commercial est sans appel. La Chine devance très largement la France et l’Inde, qui complètent le podium mais avec des parts de marché bien moindres. Derrière ces statistiques se dessine une structure d’approvisionnement où les produits manufacturés chinois – motos, textile, électronique, équipements du quotidien – inondent le marché togolais. Cette domination quantitative s’est installée progressivement, confirmant un rééquilibrage des flux vers l’Asie qui n’épargne pas les économies ouest-africaines.
Ce schéma, loin d’être anodin, perpétue une logique héritée de l’histoire, mais avec un nouvel acteur dominant. La Chine vient acheter au Togo ce que le sous-sol et la terre produisent : des phosphates, ressource stratégique pour l’agro-industrie, du coton, du soja, du sésame ou encore du bois. En retour, elle vend ce qu’elle fabrique. Cette complémentarité, en apparence classique, est en réalité le symptôme d’une faible transformation locale et d’une dépendance structurelle aux importations.
Les perspectives à moyen terme ne laissent entrevoir aucun rééquilibrage spontané. La position de la Chine est renforcée par le rôle clé du port de Lomé, hub logistique régional par lequel transitent les marchandises. Ce déséquilibre structurel pose une question fondamentale : le Togo ne fait-il que changer de partenaire dominant sans repenser son modèle productif ? La balance penche lourdement en faveur de Pékin, qui consolide ainsi son ancrage comme acteur incontournable de l’économie nationale.
Il serait toutefois réducteur de voir dans cette relation un simple rapport de force. Derrière ces chiffres, il y a une réalité sociale et économique. Les motos chinoises sont devenues le principal moyen de transport individuel, et les textiles à bas prix habillent une large partie de la population. Ce lien, bien que déséquilibré, s’est tissé dans le quotidien des Togolais. L’enjeu pour Lomé n’est donc pas de rompre ce partenariat, mais de trouver les moyens de le rendre plus symétrique, en attirant des investissements dans la transformation locale plutôt que de se contenter d’un rôle de débouché commercial. La voie est étroite, mais essentielle pour l’avenir.



