La Côte d’Ivoire a rendu un hommage national à Consty Eka, samedi 21 mars 2026, en l’élevant à titre posthume au grade d’Officier dans l’Ordre du mérite de la Communication. La cérémonie s’est tenue à la salle Félix Houphouët-Boigny de l’Ivosep, à Treichville, devant plusieurs centaines de personnalités, avant le transfert de sa dépouille vers sa sépulture à Offa, dans la région d’Agboville. L’animateur camerounais, figure majeure du paysage audiovisuel ouest-africain, était décédé le 16 février à Abidjan, à 56 ans.
La décoration a été remise par le ministre ivoirien de la Communication, Amadou Coulibaly, en présence du vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, ainsi que des ambassadeurs du Cameroun et de la Côte d’Ivoire. Ce geste, rare pour un artiste étranger, traduit la reconnaissance officielle d’un parcours qui a durablement marqué le paysage médiatique ivoirien. Consty Eka rejoint ainsi le cercle restreint des officiers distingués dans cet ordre honorifique, une distinction que l’État ivoirien n’accorde qu’à des personnalités ayant contribué de manière exceptionnelle au secteur.
Né au Cameroun, Consty Eka avait fait de la Côte d’Ivoire sa terre d’adoption depuis plusieurs décennies. Marié à une Ivoirienne, il y avait construit l’essentiel de sa carrière, s’imposant comme l’un des animateurs les plus influents de l’ère dorée de la télévision ivoirienne. Son style, sa longévité et son aura transfrontalière lui avaient valu le surnom de « Roi de la télé », bien au‑delà des frontières ivoiriennes. Son ancrage local était tel que sa famille a choisi, conformément à sa volonté, de l’inhumer à Offa, village situé à une soixantaine de kilomètres d’Abidjan.

Au‑delà de l’hommage solennel, cette cérémonie pose la question de la transmission de l’héritage laissé par une génération d’animateurs et de producteurs qui ont structuré l’audiovisuel francophone ouest-africain. Consty Eka disparaît à un moment où le secteur traverse de profondes mutations, entre fragmentation des audiences et concurrence des nouveaux médias. Sa mémoire, désormais consacrée par une distinction officielle, pourrait servir de levier pour des initiatives visant à préserver les archives et à valoriser les métiers de la communication dans la région.
Lors de la cérémonie, sa fille, Jeanne Louise Eka, a livré un témoignage où transparaissait la double dimension, publique et intime, de l’homme. « Au‑delà du public, il m’a construite, il m’a guidée », a‑t‑elle dit, soulignant le vide laissé pour sa petite‑fille. Un contraste saisissant avec l’image du monument que beaucoup ont salué. Son frère, Jean‑Pascal Olinga, a pour sa part insisté sur la dimension panafricaine du parcours du défunt : « Notre frère a trouvé ici une terre d’accueil. Il est aujourd’hui un Ivoirien à part entière. »
Après la levée du corps, une messe de requiem a été célébrée à la cathédrale Saint‑Paul du Plateau, clôturant les cérémonies officielles à Abidjan. Le cortège a ensuite pris la direction d’Offa, où Consty Eka a été inhumé. Cet ultime voyage scelle définitivement l’ancrage ivoirien d’un homme dont le parcours incarnait, à sa manière, les circulations et les fidélités multiples qui traversent l’Afrique francophone contemporaine.



