Les autorités libyennes et tchadiennes ont annoncé une saisie d’ampleur dans la zone frontalière qui sépare les deux pays. Dans la nuit du 20 février, une opération conjointe menée dans l’extrême nord du Tchad a permis la découverte et la confiscation d’un arsenal conséquent, incluant des armes lourdes et des missiles sol-air, selon des informations relayées par la presse régionale.
Cette intervention d’envergure, réalisée par des unités mixtes dans une zone désertique réputée pour son insécurité, a mis au jour des équipements militaires de différents calibres ainsi que des munitions en grande quantité. Le quotidien tchadien Al-Wahda précise que cette opération s’inscrit dans le cadre d’un renforcement de la surveillance des axes transfrontaliers, corridors historiques de la contrebande et de la circulation de groupes armés.
Le contexte régional est en effet marqué par une porosité chronique des frontières dans le sud libyen, une région échappant en partie au contrôle de Tripoli. Cet environnement instable favorise les trafics en tous genres, comme l’a récemment illustré la brève prise du poste frontalier de Tumu, à la frontière avec le Niger, fin janvier par un groupe armé. La base aérienne de Ma’ten al-Sarra, dans le sud libyen, reste par ailleurs un point d’appui logistique crucial pour les opérations dans cette immensité désertique, comme l’a rappelé un accident d’hélicoptère survenu à la mi-février.
Face à cette menace persistante, les deux capitales ont choisi d’intensifier leur coopération. Au lendemain de la saisie, une réunion s’est tenue du côté libyen, au point de passage frontalier 35, sous la présidence du commandant de la région militaire sud. Les discussions entre les responsables militaires des deux pays ont abouti à la création d’un mécanisme conjoint destiné à sécuriser durablement cette zone sensible. Une salle d’opérations commune a été activée pour coordonner les patrouilles, les actions de déminage et le partage de renseignements, avec un appui aérien promis par les forces libyennes.
Au-delà de l’effet d’annonce, cette opération conjointe traduit une volonté politique de Tripoli et de N’Djaména de reprendre la main sur des territoires qui leur échappent. La mise en place de ce dispositif vise à endiguer les flux d’armes qui alimentent l’instabilité sahélienne, mais aussi à contrer les activités de groupes rebelles et de trafiquants qui utilisent ces no man’s lands comme bases arrière. Le succès de cette initiative dépendra toutefois de la capacité des deux pays à maintenir cette coordination sur le long terme dans un environnement où les rivalités locales et les intérêts des diverses milices restent prégnants.
Cette nouvelle dynamique sécuritaire illustre le dilemme auquel sont confrontés les États de la région. Alors que la menace terroriste et la circulation d’armes issues des conflits libyen et tchadien s’intensifient, la réponse ne peut être uniquement nationale. La porosité des frontières impose une mutualisation des efforts, mais celle-ci se heurte souvent à la méfiance réciproque et à l’absence de contrôle effectif sur l’ensemble des territoires. Le verrouillage de cette frontière, s’il est réellement appliqué, constituerait un test décisif pour la coopération sécuritaire au cœur du Sahel.



