La République démocratique du Congo (RDC) a réalisé une avancée industrielle majeure en décembre 2025 avec la première production d’anodes de cuivre pur à 99,7% par la nouvelle fonderie du complexe minier Kamoa-Kakula. Cette infrastructure, présentée comme la plus grande d’Afrique, marque un tournant stratégique dans la valorisation locale des minerais du pays.
D’un investissement de 700 millions de dollars, la fonderie vise une capacité nominale de traitement de 500 000 tonnes de concentré par an. Elle permettra de transformer sur place l’essentiel de la production minière du site, qui était jusqu’alors majoritairement exportée sous forme de concentré. L’installation produira également jusqu’à 700 000 tonnes d’acide sulfurique annuelles, un sous-produit destiné au marché régional. Selon Ivanhoe Mines, l’opérateur du projet, l’ensemble de la future production d’anodes est déjà couvert par des contrats à long terme avec des groupes chinois et le négociant suisse Trafigura.
Cette réalisation concrétise une stratégie annoncée dès 2021 visant à intégrer localement la chaîne de valeur du cuivre congolais. Historiquement, la RDC, l’un des premiers producteurs mondiaux de cuivre, exportait la majeure partie de ses minerais sous forme brute ou semi-brutte pour transformation à l’étranger. La fonderie de Kamoa-Kakula, détenue par un consortium incluant Ivanhoe Mines (39,6%), le chinois Zijin Mining (39,6%) et l’État congolais (20%), répond à un objectif de réduction des coûts logistiques, de sécurisation des débouchés et de capture d’une plus grande part de la valeur ajoutée sur le territoire national.
La mise en service de cette infrastructure intervient dans un contexte de marché mondial sous tension, avec des prix du cuivre en forte hausse approchant les 13 000 dollars la tonne. Des analystes, comme ceux de Citigroup, anticipent une poursuite de cette tendance, portée par une demande robuste et des perturbations persistantes de l’offre. Dans ce cadre, la capacité de production d’anodes de haute qualité sur le sol congolais offre un levier économique supplémentaire tant pour les opérateurs que pour l’État. Sa pleine montée en régime, prévue d’ici fin 2026, renforcera la position de la RDC dans l’échiquier mondial des métaux.
L’annonce survient cependant après une révision à la baisse des prévisions de production minière de Kamoa-Kakula pour 2025-2026, à environ 420 000 tonnes, suite à un séisme survenu en mai 2025. Cet incident rappelle la vulnérabilité de l’offre. Parallèlement, la production d’acide sulfurique trouve un débouché accru depuis l’interdiction d’exportation de ce produit décrétée par la Zambie voisine en septembre 2025, renforçant l’intégration régionale du projet.
Robert Friedland, figure emblématique d’Ivanhoe Mines, y voit l’établissement d’une « nouvelle référence mondiale en termes d’échelle, d’efficacité et de durabilité ». Pour la RDC, cet outil industriel représente un test crucial de sa capacité à transformer durablement sa richesse minière en développement économique structurel, au-delà de la simple extraction. Son succès opérationnel et économique sera observé comme un modèle potentiel pour d’autres projets sur le continent.



