La Zambie s’apprête à intégrer l’intelligence artificielle dans son système éducatif. L’annonce, faite dimanche par le secrétaire permanent du ministère de l’Éducation, Kelvin Mambwe, sur la télévision d’État, place ce pays d’Afrique australe parmi les premiers sur le continent à structurer une politique nationale d’IA à l’école. L’objectif affiché est double : réduire la charge de travail des enseignants et renforcer l’efficacité pédagogique dans le cadre d’un programme désormais axé sur les compétences.
Selon Kelvin Mambwe, l’IA ne se substituera pas aux professeurs, mais viendra soutenir leur travail quotidien. Les outils envisagés doivent permettre d’automatiser certaines tâches répétitives, de faciliter la conception de projets par les élèves et d’adapter les apprentissages aux besoins individuels. Le gouvernement insiste sur une mise en œuvre encadrée : une formation à l’utilisation éthique de ces technologies débutera prochainement, afin d’éviter les dérives et de garantir que les enseignants en conservent la maîtrise.
Cette annonce s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation numérique du système éducatif zambien. Depuis plusieurs années, le pays peine à résoudre des problèmes structurels : effectifs pléthoriques, inégalités d’accès entre zones urbaines et rurales, et manque criant de ressources pédagogiques. La pandémie de Covid 19 avait brutalement exposé ces fragilités. En misant sur l’IA, Lusaka espère à la fois rattraper son retard en matière de connectivité et aligner ses standards sur ceux des systèmes éducatifs internationaux.
Les prochains mois seront décisifs. Le gouvernement prévoit d’étendre la connectivité internet à l’ensemble du territoire, y compris dans les zones rurales, préalable indispensable à tout déploiement numérique. Parallèlement, la numérisation des établissements scolaires devra suivre un rythme soutenu. Mais plusieurs défis demeurent : la fiabilité des infrastructures électriques, le coût des équipements, et surtout la capacité à former des dizaines de milliers d’enseignants dans des délais contraints. Sans ces conditions, l’IA risque de creuser davantage les inégalités qu’elle prétend réduire.
Les autorités zambiennes mettent en avant une approche volontariste, mais l’enthousiasme officiel contraste avec les interrogations du corps enseignant, qui craint, en privé, une déprofessionnalisation accrue. L’expérience d’autres pays montre que l’introduction des technologies en éducation échoue souvent faute d’appropriation locale et de dialogue avec les acteurs de terrain. À ce stade, le gouvernement n’a pas précisé le budget alloué ni le calendrier précis des formations. La réussite du projet dépendra donc de sa capacité à transformer une promesse technologique en véritable réforme de fond.



