L’annonce de l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro par des forces américaines, dimanche 3 janvier, constitue un choc diplomatique majeur pour l’Algérie. Ce bouleversement brutal prive Alger d’un de ses alliés politiques et énergétiques les plus constants sur la scène internationale, créant une vulnérabilité stratégique immédiate.
La proximité entre les deux régimes était en effet tangible et structurée. Elle reposait sur une coordination étroite au sein de l’OPEP pour défendre des prix élevés du pétrole, et sur une alliance politique affichée dans les enceintes multilatérales pour promouvoir un “multilatéralisme Sud-Sud”. Cette relation de partenariat privilégié avait été scellée au plus haut niveau lors de la visite de Maduro à Alger en juin 2022, où des projets concrets comme une liaison aérienne directe avaient été évoqués.
Ce rapprochement s’inscrivait dans une stratégie algérienne de long terme visant à contrer son isolement diplomatique, notamment face au Maroc dont l’influence grandit. Le Venezuela, sous Maduro, représentait un rare allié partageant une vision anti-impérialiste affirmée et une défense acharnée de la souveraineté des États, un pilier de la doctrine diplomatique algérienne. Cette alliance permettait à Alger de se présenter comme un pôle de résistance aux pressions occidentales.
Les perspectives pour Alger sont maintenant incertaines et périlleuses. L’Algérie doit composer avec un nouvel interlocuteur à Caracas, potentiellement pro-occidental, ce qui remet en cause des années d’investissement diplomatique. Sa capacité à influencer les décisions de l’OPEP pourrait s’en trouver affaiblie, au moment où les cours des hydrocarbures sont vitaux pour son économie. La non-réaction officielle actuelle cache une course contre la montre pour réévaluer ses options.
La couverture médiatique algérienne a reflété ce désarroi. Les organes de presse proches du pouvoir, comme l’agence APS ou le journal El Moudjahid, ont d’abord décrit l’opération comme un « tournant dangereux » avant de se concentrer, dès le lendemain, sur « l’après-Maduro » et la transition institutionnelle menée par la vice-présidente Delcy Rodríguez. Ce pivot rapide suggère une tentative d’adaptation à une nouvelle réalité incontournable.
En filigrane, le silence assourdissant des autorités algériennes est révélateur. L’absence de réaction officielle, que ce soit pour condamner l’intervention américaine ou soutenir Maduro, trahit un embarras profond et un calcul stratégique. Alger semble éviter de s’enfermer dans un soutien à un régime déchu, tout en évaluant les coûts d’un alignement sur une position qui irait à l’encontre de ses principes anti-interventionnistes affichés.
Ce séquence place l’Algérie face à un dilemme cornélien. Soit elle s’accroche à sa rhétorique et risque un isolement accru en soutenant un ancien allié discrédité et vaincu, soit elle opère un réalignement pragmatique qui pourrait être perçu comme une capitulation face à Washington. Cet épisode met en lumière les limites d’une diplomatie algérienne parfois trop dépendante d’alliances de circonstance avec des régimes en position de faiblesse.



