C’est un nouveau rapport qui vient éclairer les dynamiques géostratégiques en Afrique du Nord. Selon les données publiées cette semaine par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), le Maroc est devenu le premier importateur d’armes du continent africain sur la période 2021-2025. Le royaume a augmenté ses achats de matériel militaire de 12 % par rapport au quinquennat précédent (2016-2020), se hissant au 28e rang mondial des importateurs.
Cette hausse des importations s’inscrit dans une stratégie de modernisation en profondeur des Forces armées royales (FAR). L’acquisition de blindés, d’avions de combat ou encore de systèmes de missiles vise à doter le pays d’une capacité de dissuasion plus robuste. Le rapport du Sipri souligne que cette dynamique est directement liée à « des tensions persistantes » avec l’Algérie voisine, même s’il note qu’Alger a, en apparence, réduit ses propres achats sur la même période. Une donnée que l’institut invite toutefois à manipuler avec prudence, l’Algérie faisant preuve d’une grande discrétion sur ses contrats militaires.
Pour alimenter cet effort de défense, Rabat s’appuie sur trois partenaires privilégiés. Les États-Unis dominent très largement ce palmarès, fournissant 60 % des équipements. Suivent Israël, avec 24 % des livraisons, et la France, qui totalise environ 10 % des parts. Ces chiffres confirment l’accélération spectaculaire de la coopération militaire entre le Maroc et l’État hébreu depuis la normalisation de leurs relations, notamment dans les domaines de pointe comme les drones et les systèmes de surveillance.
L’évolution marocaine contraste fortement avec la tendance générale du continent. Sur la même période, le Sipri relève en effet une chute de 41 % des importations d’armes par les autres pays africains. Sur le continent, les États-Unis restent le premier fournisseur (19 %), devant la Chine, la Russie et la France. Cette baisse globale masque toutefois des disparités régionales et une concentration des achats dans les zones de conflit ou de forte instabilité.
Cette montée en puissance militaire du Maroc redessine les équilibres au Maghreb. Elle intervient alors que le conflit du Sahara occidental reste enlisé et que les relations diplomatiques avec Alger sont rompues depuis l’été 2021. Si Rabat justifie cette modernisation par un besoin de souveraineté et de protection de ses frontières, elle alimente mécaniquement une logique de surenchère sécuritaire dans une région où les budgets de défense n’avaient cessé de croître ces dernières années. L’évolution des livraisons israéliennes, en particulier, sera scrutée de près dans les mois à venir.



