Le pape Léon XIV effectuera sa première visite apostolique en Algérie du 13 au 15 avril 2026, marquant ainsi une étape historique dans les relations entre le Vatican et ce pays où l’islam est religion d’État. Ce déplacement, qui le mènera à Alger puis à Annaba, constitue le point de départ d’une tournée africaine de dix jours incluant également le Cameroun, l’Angola et la Guinée équatoriale. Il s’agit de la toute première visite d’un souverain pontife sur le sol algérien.
Le choix de l’Algérie comme première escale de cette ambitieuse tournée africaine répond à une double intention pastorale et symbolique. Comme il l’avait confié en décembre dernier, le pape souhaite « visiter les lieux de vie de Saint Augustin », figure majeure de la chrétienté née en 354 à Thagaste (l’actuelle Souk Ahras) et qui fut évêque d’Hippone (aujourd’hui Annaba). Au-delà du pèlerinage intellectuel et spirituel sur les traces de ce docteur de l’Église, le souverain pontife entend également « poursuivre le dialogue et tisser des liens entre les mondes chrétien et musulman ». La liberté de culte est garantie par la Constitution algérienne, mais son exercice reste strictement encadré par un agrément des autorités pour les lieux de prière et les prédicateurs.
Cette visite intervient dans un contexte mémoriel particulièrement sensible, celui du trentième anniversaire de l’assassinat des moines de Tibhirine. Enlevés en mars 1996 de leur monastère de Notre-Dame de l’Atlas, situé à 80 kilomètres au sud d’Alger, les sept moines cisterciens avaient été tués dans des conditions qui n’ont jamais été totalement élucidées. Le Groupe islamique armé (GIA) avait annoncé leur mort le 23 mai suivant, mais des zones d’ombre persistent sur les circonstances exactes du drame. Leur béatification en 2018 a renforcé leur statut de symboles du dialogue et du vivre-ensemble, souvent mis à mal durant la décennie noire, et leur mémoire irriguera inévitablement les discours sur la coexistence religieuse.
Au-delà de l’étape algérienne, la tournée de Léon XIV s’annonce comme un exercice de haute voltige diplomatique sur un continent en pleine effervescence. Après l’Algérie, le pape se rendra au Cameroun (15-18 avril), où il visitera Yaoundé, Bamenda et Douala, puis en Angola (18-21 avril), avec des étapes à Luanda, Muxima et Saurimo. Dans ces deux pays, traversés par des crises politiques majeures et une contestation populaire grandissante, la venue du pape sera officiellement l’occasion d’appeler à la paix et à la réconciliation. Le Vatican a d’ailleurs souligné que ce voyage se déroule sur fond d’un paysage religieux en profonde recomposition, laissant entendre que l’Église cherche à se positionner face à la montée des évangélismes et aux tensions identitaires.
Le souverain pontife achèvera son périple en Guinée équatoriale du 21 au 23 avril, se rendant à Malabo, Mongomo et Bata. Ce choix n’est pas anodin : il s’agit de l’un des rares pays hispanophones d’Afrique, où l’Église a historiquement joué un rôle de contre-pouvoir face au régime autoritaire de Teodoro Obiang Nguema, au pouvoir depuis 1979. Cette dernière étape pourrait donc être l’occasion pour le pape d’aborder, avec la prudence diplomatique qui caractérise le Saint-Siège, les questions de droits de l’homme et de justice sociale. En reliant l’Algérie du nord à la Guinée équatoriale du golfe de Guinée, Léon XIV dessine une géographie vaticane qui traverse les fractures linguistiques, politiques et religieuses du continent.



