Le volume des échanges commerciaux du Sénégal a franchi un palier significatif en 2025, atteignant 13 214,3 milliards FCFA (environ 23,76 milliards USD). Publié par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) le 18 février 2026, ce chiffre marque une progression de 19,36 % par rapport à l’année précédente. La balance commerciale reste déficitaire, avec 7 279,1 milliards FCFA d’importations contre 5 935,2 milliards FCFA d’exportations, mais l’écart se resserre grâce à une dynamique exceptionnelle des ventes à l’étranger.
Cette embellie est principalement tirée par un bond spectaculaire des exportations, qui ont grimpé de 51,8 % sur un an. Les performances de décembre illustrent cette vigueur : sur ce seul mois, les exportations ont plus que doublé par rapport à décembre 2024 (+104,1 %) et ont presque triplé par rapport à novembre 2025 (+155 %), pour atteindre 825,3 milliards FCFA. L’ANSD attribue cette envolée aux ventes d’or non monétaire, d’huiles brutes de pétrole et de produits pétroliers raffinés. Du côté des importations, la hausse est plus mesurée (+1,6 %), avec un net ralentissement en décembre lié à la baisse des achats de matériel de transport, de produits pharmaceutiques et de sucre.
Ce dynamisme s’inscrit dans un contexte de mutation profonde de l’économie sénégalaise, désormais entrée dans l’ère des hydrocarbures. Le Fonds monétaire international (FMI) estimait d’ailleurs la croissance du PIB réel à environ 7,9 % pour l’année 2025, portée par le démarrage de la production pétrolière et gazière, conjuguée à un rebond du secteur agricole. L’entrée en exploitation des champs de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim (GTA) commence ainsi à transformer structurellement la matrice des exportations, jusqu’ici dominée par l’or, les phosphates et les produits de la pêche.
Les perspectives à court terme confirment cette tendance lourde. Avec la montée en puissance progressive des projets extractifs, la part des hydrocarbures dans les revenus d’exportation devrait continuer de croître, contribuant à réduire le déficit commercial historique du pays. Cette manne nouvelle pose cependant la question de la gestion des recettes et de la diversification économique pour éviter une dépendance excessive aux matières premières. La volatilité des cours mondiaux et la transition énergétique en cours constituent des risques que Dakar devra anticiper.
La géographie des échanges reste marquée par quelques constantes, avec des partenaires qui se spécialisent. En décembre, la Chine, la France, la Russie, l’Inde et les Pays-Bas figuraient en tête des fournisseurs du Sénégal. À l’export, les clients étaient principalement la Suisse, la Belgique, le Mali, l’Espagne et le Royaume-Uni. Si le voisin malien reste un débouché majeur pour l’industrie locale, la présence de la Suisse et de la Belgique confirme le rôle clé de ces places dans le négoce de l’or. Enfin, si l’or et l’énergie tirent la croissance, certains secteurs traditionnels marquent le pas, comme les phosphates et les produits de la mer (crustacés, mollusques), rappelant la nécessité de préserver la compétitivité de ces filières historiques.



