Le président sénégalais a relancé l’idée d’un programme national visant à rebaptiser les espaces publics du pays. Cette initiative a été réaffirmée le 26 mars lors du conseil des ministres par Bassirou Diomaye Faye, qui insiste sur le fait que les noms des lieux publics doivent refléter des symboles forts de l’histoire du Sénégal et de l’Afrique. À l’approche du 65e anniversaire de la souveraineté du pays, cette démarche prend une dimension particulière, soulignant l’importance de la mémoire collective dans la construction de l’identité nationale.
Le président sénégalais, en janvier dernier, avait déjà appelé à un renouveau des noms des artères et places publiques, en remplaçant ceux hérités de la colonisation par ceux des héros nationaux. L’idée est de donner aux lieux publics une signification plus en phase avec les luttes pour l’indépendance et la construction de la nation. Ces noms doivent selon lui incarner la mémoire des personnalités et événements qui ont marqué l’histoire du pays, et par extension, celle du continent africain dans son ensemble. Cette révision des noms de lieux vise également à renforcer le lien symbolique entre l’histoire du Sénégal et les enjeux contemporains du continent.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte historique particulier : le Sénégal, comme de nombreux autres pays africains, a hérité d’une urbanisation et d’une toponymie issues de la colonisation française. Au-delà de la question de la décolonisation symbolique, ces changements de noms sont perçus comme un moyen de renforcer le sentiment d’identité nationale et de rendre hommage à ceux qui ont combattu pour l’indépendance et les droits de l’homme. Depuis plusieurs années, cette réflexion sur les noms des rues, places et autres espaces publics s’est intensifiée dans plusieurs pays africains, notamment au moment des commémorations des indépendances.
L’un des objectifs majeurs de ce programme national est de promouvoir un espace public qui incarne les valeurs d’unité et d’intégration du continent africain. Le président sénégalais, à travers cette initiative, cherche à renforcer la cohésion nationale tout en réaffirmant l’importance de la solidarité entre les peuples africains. Le projet pourrait également inspirer d’autres pays du continent, qui sont eux aussi en pleine réflexion sur leur héritage colonial et les moyens de le transcender à travers des actes symboliques.
Si l’initiative fait largement écho auprès des défenseurs de la mémoire historique et de la décolonisation symbolique, elle n’est pas sans soulever des interrogations. Certains observateurs s’interrogent sur la façon dont ces nouvelles dénominations seront choisies, et sur le processus démocratique qui pourrait entourer cette démarche. Par ailleurs, il y a la question de l’équilibre entre hommage à l’histoire nationale et la reconnaissance de la diversité culturelle qui compose le Sénégal. Ce projet devra s’inscrire dans un dialogue ouvert et inclusif, afin de refléter véritablement la pluralité des luttes et des figures historiques qui ont façonné le pays.
Enfin, cette initiative est aussi l’occasion de réfléchir à la manière dont la mémoire collective est transmise aux nouvelles générations. À une époque où les repères historiques peuvent être fragiles face aux défis contemporains, la valorisation de l’histoire à travers les noms des espaces publics devient un acte politique et pédagogique majeur. Il s’agit de rappeler, à travers des symboles visibles, les valeurs de liberté, d’unité et de résistance qui ont forgé la nation sénégalaise et son rôle dans l’histoire de l’Afrique.