Le président tchadien, le maréchal Mahamat Idriss Déby, effectuera une visite à Paris le 29 janvier 2026, sur invitation de son homologue français Emmanuel Macron. Cette rencontre officielle à l’Élysée marque une étape significative dans la volonté affichée par les deux capitales de réchauffer leurs relations bilatérales, quatorze mois après une rupture diplomatique et militaire retentissante.
L’annonce de cette visite fait suite à une audience accordée ce lundi 26 janvier à Ndjamena à l’ambassadeur de France, Éric Gérard. Selon la présidence tchadienne, l’entretien a porté sur “l’avenir de la coopération bilatérale appelée à se renouveler et à se redynamiser”. L’ambassadeur a transmis une invitation verbale d’Emmanuel Macron, à laquelle Mahamat Déby a répondu favorablement. Les deux parties présentent cette démarche comme “un signal fort” confirmant “la volonté partagée de consolider et de moderniser les relations”.
Ce rapprochement en cours s’inscrit dans le contexte tumultueux post-rupture de l’accord de défense entre les deux pays, intervenue fin novembre 2024. À l’époque, le Tchad avait dénoncé de manière unilatérale cet accord historique, pilier de la présence militaire française au Sahel depuis des décennies. Paris avait réagi en procédant au retrait accéléré de ses troupes et de son matériel stationnés sur le sol tchadien. Cet épisode avait cristallisé la tension grandissante entre la France et plusieurs régimes africains, dans un pays pourtant considéré comme un partenaire stratégique traditionnel.
Les perspectives de cette nouvelle rencontre tournent autour de la définition d’un nouveau cadre de partenariat. L’objectif avoué est de construire une relation “adaptée aux enjeux actuels”, selon les termes de la présidence tchadienne. La discussion devrait nécessairement aborder les questions de sécurité régionale, dans un Sahel toujours instable, mais aussi les volets économique et de développement. La forme que pourrait prendre une éventuelle future coopération militaire, dans un paysage stratégique africain profondément recomposé, sera au cœur des négociations.
Au delà des déclarations d’intention sur le “dialogue” et la “conciliation”, cette visite est un test pour les deux dirigeants. Pour Mahamat Déby, elle représente une opportunité de légitimation internationale et de recherche de nouveaux soutiens, dans un contexte intérieur marqué par une transition politique contestée. Pour Emmanuel Macron, elle s’inscrit dans la difficile refonte de la doctrine française en Afrique, entre réalpolitik et recherche d’influence. La réussite ou l’échec de cette tentative de réconciliation aura des implications directes sur l’équilibre des forces dans une région où d’autres acteurs, comme la Russie, ont accru leur présence.
Le chemin vers une normalisation complète demeure semé d’embûches. La confiance, érodée par la brutalité de la rupture de 2024, ne se reconstruit pas en un seul rendez-vous. Les négociations seront probablement complexes, chaque partie cherchant à maximiser ses gains dans cette nouvelle donne. La capacité des deux États à définir des intérêts communs véritablement convergents, et non plus fondés sur des logiques post-coloniales usées, déterminera la solidité et la durée du réchauffement actuel.



