Le gouvernement tchadien a annoncé, le 23 février 2026, la fermeture immédiate de l’intégralité de sa frontière avec le Soudan. Cette décision radicale, communiquée par le ministère de la Communication, est justifiée par la nécessité de mettre un terme aux violations répétées du territoire national et de prévenir tout contagion du conflit qui déchire le Soudan depuis maintenant près de trois ans.
Concrètement, cette mesure souveraine suspend tous les flux de personnes et de biens entre les deux pays. Les autorités de N’Djaména expliquent vouloir ainsi “protéger les populations civiles ainsi que les réfugiés” et “préserver la stabilité et l’intégrité territoriale” du pays. Seules des dérogations exceptionnelles pourront être accordées pour des motifs humanitaires, sous réserve d’une autorisation préalable stricte, afin de ne pas asphyxier complètement l’aide aux centaines de milliers de déplacés présents dans la région.
Cette fermeture brutale intervient dans un climat de défiance extrême entre les deux capitales. Fin décembre 2025, N’Djaména avait déjà vivement rejeté des accusations portées devant la Cour pénale internationale par une ONG soudanaise, qui tentait d’impliquer le Tchad dans le conflit opposant l’armée régulière (SAF) aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Le gouvernement tchadien avait alors balayé des allégations “grotesques et politiquement motivées”, se présentant au contraire comme une “victime directe” d’une guerre qui a contraint plus d’1,5 million de Soudanais à trouver refuge sur son sol.
Le contexte sécuritaire s’était encore dégradé dans la foulée. L’état-major tchadien avait dénoncé une attaque de drone survenue dans la nuit du 25 décembre 2025 contre un camp militaire dans la province du Wadi-Fira, à Tiné. Cette frappe, qui avait coûté la vie à deux soldats tchadiens, avait été qualifiée d'”incursion injustifiée”. Si N’Djaména n’a pas officiellement désigné le responsable, l’armée avait prévenu qu’à l’avenir, toute nouvelle violation de son territoire entraînerait une riposte militaire légitime, en vertu du droit à la légitime défense.
Cette fermeture de la frontière est donc un signal fort adressé aux belligérants soudanais, mais aussi un aveu d’impuissance relative face à un conflit qui déborde de toutes parts. Le Tchad, qui revendique une stricte neutralité, se trouve en première ligne, contraint de gérer un afflux humanitaire massif tout en voyant son intégrité territoriale bafouée par des frappes qui échappent à son contrôle. Cette mesure vise avant tout à reprendre la main sur une situation qui lui échappe, en sanctuarisant sa frontière est.



