L’armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar a franchi la frontière nigérienne fin février pour attaquer un groupe armé et libérer 22 de ses hommes retenus en captivité. L’opération, annoncée le 26 février, marque une escalade militaire dans le sud libyen et une violation flagrante de la souveraineté du Niger, pays voisin déjà fragilisé par l’insécurité régionale.
Menée par les unités d’élite de l’ANL et supervisée par Saddam Haftar, fils du maréchal, cette incursion visait spécifiquement les positions des « révolutionnaires du sud libyen ». Selon le communiqué officiel de l’ANL, qui déplore la perte d’un de ses soldats, l’assaut a été rendu possible par un travail minutieux de renseignement. L’armée de Benghazi justifie cette attaque en qualifiant ses adversaires de « terroristes », de « mercenaires » et de « gangs de Tchadiens », sans toutefois fournir de preuves à l’appui de ces accusations.
Cette opération militaire ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans le contexte d’une lutte d’influence persistante entre les deux pouvoirs qui se disputent la Libye : le gouvernement d’union nationale (GUN) de Tripoli, reconnu par la communauté internationale, et l’ANL du maréchal Haftar, qui contrôle l’Est et une partie du Sud. Les « révolutionnaires du sud libyen », le groupe visé par l’incursion, sont justement soutenus par Tripoli. Leur chef, Mohamad Wardagou, un Toubou originaire de Mourzouk, conteste vigoureusement la version de l’ANL. « Nous ne sommes ni des gangs, ni des mercenaires. Nous sommes les enfants du sud », a-t-il déclaré, affirmant avoir libéré les soldats de l’ANL avant même les combats, par souci de fraternité locale à l’approche du ramadan.
L’avenir immédiat de cette zone frontalière s’annonce explosif. L’incursion de l’ANL a provoqué une réaction quasi-immédiate de Tripoli et de ses alliés. Selon nos informations, la force mixte tchado-libyenne, formée en octobre 2025 pour sécuriser cette région stratégique, a été activée le 22 février. Soixante véhicules armés ont été déployés depuis l’aéroport de Waw en direction de la frontière nigérienne, officialisant ainsi une nouvelle donne militaire. Cet affrontement annonce une guerre par procuration plus intense entre les deux camps libyens sur le théâtre désertique du Sud, transformant le triangle frontalier avec le Tchad et le Niger en poudrière.
Au-delà de l’affrontement politique, c’est une guerre économique qui se joue dans les sables du Sud libyen. Les experts locaux soulignent que la véritable rivalité entre les « révolutionnaires » pro-Tripoli et la brigade Souboul al Salam de l’ANL porte sur le contrôle des routes de contrebande. Le triangle frontalier dit « Salvador », au croisement de la Libye, du Niger et du Tchad, est un hub majeur pour le trafic d’essence et d’or, des activités lucratives que l’ONU a déjà explicitement liées à certaines brigades de l’ANL. En attaquant, les forces de Haftar ne cherchaient pas seulement à libérer leurs soldats, mais aussi à envoyer un message clair à leurs concurrents sur le contrôle de ce commerce illicite qui finance les milices des deux bords.



