La Libye a procédé à une nouvelle dévaluation de sa monnaie, le dinar, d’environ 14,7%. Cette décision, annoncée par la Banque centrale libyenne (CBL) le 18 janvier, vise à réduire l’écart abyssal entre le taux officiel et celui du marché parallèle, dans un contexte de crise politique aiguë et de pression accrue sur les finances publiques.
Concrètement, le taux de change officiel du dinar est passé de 5,43 à 6,37 dinars pour un dollar américain. Il s’agit de la seconde dévaluation en moins d’un an, après un ajustement de 13,3% en avril 2025. Cette mesure est une réponse directe à la dépréciation galopante de la monnaie sur le marché noir, où le dollar s’échange désormais au-delà de 9 dinars. La Banque centrale justifie sa décision par l’explosion des dépenses publiques, générées par la duplication des institutions, et par la chute des revenus pétroliers.
Cette situation monétaire chaotique est le symptôme direct de l’instabilité chronique qui mine le pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. La Libye est aujourd’hui fracturée entre deux gouvernements rivaux : l’un, reconnu internationalement, dirigé par Abdelhamid Dbeibah à Tripoli (Ouest) ; l’autre, soutenu par le maréchal Khalifa Haftar et basé à Benghazi (Est). Cette division paralyse toute élaboration d’un budget national unifié et encourage une gabegie financière où les dépenses des deux camps s’envolent hors de tout cadre officiel.
Les perspectives sont alarmantes. Cette dévaluation, si elle peut temporairement réduire la pression sur les réserves de change, risque d’accroître l’inflation importée et d’appauvrir davantage une population déjà durement frappée. L’absence de solution politique laisse présager de nouvelles turbulences économiques. La pérennité de la mesure dépendra de la capacité – fort improbable à court terme – des factions rivales à trouver un compromis sur la gestion des revenus pétroliers, et d’une remontée soutenue des cours du brut sur les marchés internationaux.
L’économie libyenne demeure extrêmement vulnérable, structurellement dépendante des hydrocarbures. Le pétrole et le gaz, qui représentent environ 60% du PIB, 90% des recettes budgétaires et 95% des exportations, sont à la fois la seule richesse du pays et sa malédiction. Les blocages récurrents de la production, instrumentalisés par les belligérants, et la volatilité des prix mondiaux privent l’État de toute prévisibilité financière, rendant toute politique économique cohérente impossible.
Au-delà des déclarations officielles, les observateurs pointent l’impuissance de la Banque centrale, dont l’autorité est continuellement sapée par les ingérences politiques. Ses tentatives pour unifier les taux de change se heurtent à une réalité implacable : la guerre des institutions et le financement parallèle des milices. Cette dévaluation apparaît ainsi moins comme un outil de stabilisation macroéconomique que comme un aveu d’échec, une mesure défensive pour tenter de colmater les brèches d’un navire en train de sombrer. L’avenir du dinar reste intrinsèquement lié à la résolution d’une crise de légitimité qui, elle, semble loin de trouver une issue.



