La Libye a officiellement plaidé pour un renforcement opérationnel du partage de renseignement entre les pays du Sahel et de la Méditerranée, lors d’une conférence des chefs du renseignement militaire récemment tenue à Tripoli. Le Premier ministre Abdulhamid Dbeibah a affirmé que la sécurité régionale ne peut plus être gérée de manière isolée par chaque État, appelant à une approche collective face à des menaces transfrontalières persistantes.
Le chef du gouvernement libyen a insisté sur la nécessité de dépasser le simple stade de l’analyse pour instaurer des mécanismes d’action coordonnée, fondés sur la rapidité du partage d’informations. Selon lui, l’établissement d’un climat de confiance entre agences constitue un préalable indispensable à toute coopération efficace. Son discours reflète une volonté politique de transformer les déclarations d’intention en dispositifs opérationnels tangibles.
Cette déclaration intervient dans un environnement régional marqué par l’intensification des flux illicites et des activités terroristes aux abords des frontières méridionales libyennes. Le général de division Mahmoud Hamza, chef du renseignement militaire libyen, a décrit ces zones comme des « couloirs ouverts » favorisant la circulation d’armes et de combattants. Historiquement, la chute du régime de Kadhafi en 2011 a transformé la Libye en espace de projection pour des rivalités régionales et en plaque tournante des trafics vers le Sahel et l’Europe.
Les responsables libyens appellent désormais à une intégration plus poussée des dispositifs de renseignement, allant jusqu’à évoquer un système de sécurité unifié et proactif capable d’anticiper les risques. Une telle évolution supposerait toutefois de surmonter des antagonismes profonds entre services souvent rivaux, ainsi que les réticences souverainistes de plusieurs États. À court terme, la tenue de rencontres techniques entre pays participants, dont la Turquie, le Soudan, l’Algérie, la France et l’Italie, pourrait amorcer une standardisation des échanges d’informations.
La présence de pays aux agendas parfois contradictoires, comme la Turquie et la France, souligne la difficulté d’une coopération sincère. Le général Hamza a d’ailleurs réaffirmé que la Libye refuse de devenir « un théâtre de règlements de comptes » ou un point d’appui pour des conflits extérieurs, une mise en garde indirecte contre les ingérences étrangères. Sur le terrain, l’efficacité future de cette intégration dépendra moins des discours que de la capacité à partager des données sensibles en temps réel, un défi que peu de régions instables ont réussi à relever.
Au delà des déclarations, les observateurs notent que Tripoli peine encore à contrôler l’ensemble de son territoire, ce qui fragilise sa crédibilité comme partenaire sécuritaire. La proposition libyenne pourrait néanmoins relancer des initiatives régionales jusqu’ici fragmentées, comme le mécanisme de coopération du G5 Sahel ou les accords bilatéraux avec les pays méditerranéens. Reste à savoir si les capitales concernées accepteront de partager leurs sources et méthodes, condition sine qua non pour passer de la coopération de façade à une véritable intégration opérationnelle.



