Le maréchal Khalifa Haftar a ordonné le déploiement de troupes libyennes vers la frontière triangulaire avec le Soudan et l’Égypte. Ce mouvement militaire intervient dans un contexte de pression croissante du Caire et de Riyad pour mettre un terme au soutien logistique crucial que son camp apporte aux Forces de soutien rapide (FSR) soudanaises, accusées de crimes de guerre au Darfour.
Selon un communiqué de l’Armée nationale libyenne (ANL), fidèle à Haftar, des unités du 5e régiment d’infanterie stationné à Al-Koufra se dirigent vers la zone frontalière “pour effectuer leur mission”, sans autre précision. Des images satellites et des posts sur les réseaux sociaux confirment la présence de dizaines de véhicules militaires lourds en mouvement. Ce déploiement, présenté comme une opération de sécurisation des frontières, est perçu par les observateurs comme une démonstration de force et un signal adressé aux parties prenantes régionales.
Cette escalade s’inscrit dans la prolongation de l’implication profonde du camp Haftar dans le conflit soudanais. Depuis des mois, la Libye orientale, sous son contrôle, sert de corridor vital pour les Émirats arabes unis afin de ravitailler les FSR en armes, munitions et carburant. Cette alliance de fait entre Abou Dhabi, Haftar et le chef des FSR, Mohamed Hamdan Daglo dit “Hemedti”, constitue un axe stratégique visant à contrer l’influence au Soudan de leurs rivaux communs, notamment les Frères musulmans et leurs soutiens régionaux.
Les perspectives sont marquées par un risque accru de confrontation directe ou indirecte. L’Égypte, qui considère cette frontière comme une ligne rouge pour sa sécurité nationale, a déjà franchi un cap en menant, officieusement, une frappe aérienne contre un convoi en provenance de Libye ce mois-ci. Le Caire et Riyad menacent désormais Haftar d’une révision radicale de leur soutien politique et militaire s’il persiste. Le maréchal libyen se trouve ainsi tiraillé entre la volonté de son principal bailleur de fonds, les Émirats, et les injonctions de ses alliés historiques que sont l’Égypte et l’Arabie saoudite.
La visite au Caire début janvier du général Saddam Haftar, fils de Khalifa et commandant opérationnel de l’ANL, avait pour but d’apaiser les tensions. Elle s’est soldée par un ultimatum égyptien. Les sources indiquent que Le Caire aurait proposé une aide financière et militaire alternative au camp Haftar, à la condition expresse qu’il s’éloigne de l’agenda émirati au Soudan. Pour l’instant, Haftar semble jouer la montre et tenter de manœuvrer sans rompre ouvertement avec l’un ou l’autre camp.
Cette crise régionale expose la fragilité de la souveraineté libyenne et la persistance de sa partition de fait. L’Est du pays, échappant à l’autorité du gouvernement de Tripoli reconnu par l’ONU, fonctionne comme une entité autonome dont les ressources et le territoire sont utilisés pour des calculs géopolitiques extérieurs. Le déploiement actuel renforce le contrôle de Haftar sur le sud libyen, une zone stratégique et riche en ressources, tout en compliquant davantage toute perspective de réunification nationale et d’élections crédibles.



