Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien guide libyen Mouammar Kadhafi et candidat déclaré à l’élection présidentielle, a été inhumé ce vendredi 6 février à Bani Walid, une semaine après son assassinat à Zintan. Les obsèques, organisées sous haute sécurité, ont rassemblé des milliers de partisans dans le fief historique de la tribu Werfalla, restée loyale à l’ancien régime.
La cérémonie a revêtu une dimension politique manifeste, transformant le défunt en martyr. Selon ses proches, Saïf al-Islam Kadhafi a été tué à son domicile par quatre hommes cagoulés. Alors que le parquet a ouvert une enquête, nombreux sont les observateurs qui jugent déjà la tâche quasi impossible dans le contexte de fragmentation sécuritaire libyen. L’absence de ses frères et sœur, exilés par crainte pour leur sécurité, ainsi que l’exclusion délibérée de personnalités politiques de la cérémonie, soulignent le climat de menace persistante.
Cet assassinat intervient dans un pays profondément divisé depuis la chute et la mort de Mouammar Kadhafi en 2011. Malgré son inculpation par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, Saïf al-Islam Kadhafi était parvenu à se poser, ces dernières années, comme une figure politique capable de mobiliser un électorat nostalgique et des réseaux tribaux influents. Sa candidature, bien que juridiquement contestée, symbolisait la tentative de réintégration d’une faction importante de l’ancien régime dans le processus politique, sous l’égide d’institutions déjà délégitimées et impuissantes.
La mort de Saïf al-Islam Kadhafi fragilise considérablement une feuille de route politique déjà en échec. Elle prive une partie de l’électorat d’un candidat clair et risque d’exacerber les tensions entre régions et tribus. Les observateurs redoutent que cet acte ne soit le prélude à une escalade des violences ciblées, chaque acteur cherchant à éliminer des rivaux en vue d’élections sans cesse reportées. La question centrale est désormais de savoir quelles forces, étatiques ou miliciennes, pourraient tirer profit de cette élimination dans le jeu déjà chaotique du partage du pouvoir et des ressources.
Les images des funérailles, avec des manifestants brandissant des drapeaux verts de l’ancienne Jamahiriya et des portraits des Kadhafi, ont montré la persistance d’une base de soutien active. Les promesses clamées que « le sang des martyrs n’a pas coulé en vain » constituent une mise en garde politique directe. Cette mobilisation démontre que l’idéologie et les réseaux kadhafistes, loin d’avoir été éradiqués, restent une force structurante capable de descendre dans la rue, notamment dans des régions marginalisées depuis 2011.
Au-delà de l’émotion, l’assassinat pose une question fondamentale sur la nature du conflit libyen. Il rappelle que la transition est bloquée non seulement par des divisions idéologiques, mais aussi par une économie de guerre où les milices, le trafic et la corruption prospèrent. Dans ce système, l’émergence d’un leader susceptible de rassembler au-delà des clivages armés représente une menace pour de nombreux acteurs en place. L’enquête annoncée sur ce meurtre sera ainsi le premier test, très probablement infranchissable, de la volonté réelle des autorités nominales de Tripoli d’imposer l’état de droit et de rompre avec les cycles de violence politique.



