Pour la première fois de l’histoire, le prix de l’or a franchi, lundi 26 janvier, le seuil psychologique et économique de 5 000 dollars l’once, établissant un record absolu autour de 5 090 dollars. Ce cap, que les prévisions les plus optimistes n’envisageaient guère avant 2026, a été atteint avec une rapidité qui a surpris les marchés, marquant une accélération fulgurante d’un cycle haussier entamé l’année dernière.
Cette percée spectaculaire s’explique par la convergence de plusieurs facteurs. L’or, valeur refuge par excellence, bénéficie d’un contexte géopolitique et économique mondial tendu, poussant les investisseurs vers des actifs tangibles. La demande institutionnelle constitue un pilier majeur de cette hausse, avec des achats soutenus et répétés des banques centrales, notamment celle de Chine. Parallèlement, les flux d’investissement vers les fonds indiciels cotés (ETF) adossés à l’or ont atteint des niveaux records. Enfin, l’affaiblissement relatif du dollar et les anticipations d’un assouplissement monétaire aux États-Unis ont retiré de l’attrait aux actifs financiers traditionnels, au profit du métal précieux.
Cette ruée vers l’or s’inscrit dans une dynamique haussière exceptionnelle initiée en 2025, année où le métal avait déjà enregistré une progression annuelle de 64%, sa meilleure performance depuis les années 1970. L’année 2026 a débuté par une nouvelle accélération, avec une hausse de plus de 17% depuis le 1er janvier. Cette trajectoire a largement dépassé les prévisions des grandes institutions financières, comme Morgan Stanley, qui tablait encore récemment sur un objectif de 4 800 dollars pour fin 2026. Le seuil des 5 000 dollars, évoqué comme une possibilité lointaine par certains analystes, est donc devenu réalité en quelques semaines.
La question centrale désormais est de savoir si cette parité peut se maintenir et définir un nouveau plateau pour l’or. Les perspectives dépendront de l’évolution des moteurs actuels : la persistance des tensions géopolitiques, la trajectoire réelle des taux d’intérêt américains et la continuité dans la stratégie d’accumulation des banques centrales. Un recul significatif de l’un de ces facteurs pourrait entraîner une correction. Cependant, la conviction d’un changement de paradigme durable, où l’or retrouverait un rôle monétaire central face aux incertitudes, gagne du terrain chez certains acteurs, laissant entrevoir la possibilité de prix structurellement plus élevés.
Pour les grands pays producteurs africains, ce choc de prix est une opportunité économique potentiellement considérable, mais à nuancer fortement. Des nations comme le Ghana, le Mali, la Tanzanie, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud ou le Zimbabwe voient la valeur théorique de leur production exploser. Au Mali, par exemple, les 48,2 tonnes produites en 2025 représentent, à 5 000 dollars l’once, une valeur brute de plusieurs milliards de dollars. Cette manne pourrait booster les recettes d’exportation, les rentrées fiscales et les marges des compagnies minières.
Toutefois, la traduction de ce prix record en bénéfices tangibles pour les économies nationales n’est ni automatique ni équitable. Elle est conditionnée à plusieurs paramètres critiques : le maintien des volumes de production, la stabilité des cadres réglementaires et fiscaux, et une gouvernance robuste capable de capter une part juste de cette rente pour le budget de l’État. Les défis liés à l’exploitation artisanale, aux fuites financières et à la répartition des revenus miniers restent entiers. Un prix élevé peut aussi accentuer les convoitises et les tensions sociales autour des sites d’extraction. Ainsi, le seuil des 5 000 dollars l’once offre un potentiel de transformation, mais son héritage réel pour l’Afrique dépendra moins des cours mondiaux que des politiques et de la transparence mises en œuvre localement pour en tirer profit.



