Lors d’une visite d’État en Inde, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a livré une vision ambitieuse pour le groupe des BRICS. Pour le dirigeant sud-américain, le renforcement de ce bloc est appelé à « transformer les fondements et la dynamique du commerce mondial », en s’appuyant sur le poids démographique et économique de ses membres.
Dans un entretien accordé au média India Today, Lula a justifié cette vision par des chiffres implacables. « La moitié de la population des pays membres participera aux activités des BRICS, et une part importante du PIB [mondial] sera générée par les BRICS », a-t-il détaillé. Cette déclaration s’inscrit dans sa stratégie visant à donner une plus grande cohérence politique et économique à un groupe souvent perçu comme hétéroclite, mais qui représente déjà un contrepoids majeur face aux institutions de Bretton Woods.
Si le chef de l’État brésilien mise sur cette alliance hétérogène, il prend soin d’écarter toute tentation de rupture radicale avec l’Occident. Interrogé sur les tensions géopolitiques actuelles, il a rejeté l’idée d’une nouvelle bipolarisation du monde. « Le Brésil ne souhaite pas une seconde Guerre froide. Nous voulons commercer avec les États-Unis, la Chine, l’Inde et la Russie », a-t-il martelé, réaffirmant sa foi dans le libre-échange et l’harmonie entre les nations. Il s’agit d’une position délicate qui consiste à embrasser le renforcement des BRICS sans froisser des partenaires historiques comme Washington.
Cette prise de position intervient alors que Lula effectue un déplacement multilatéral dense. Après l’Inde, il se rendra en Corée du Sud avant de rentrer à Brasilia pour se consacrer à la préparation de la prochaine campagne électorale. Ce calendrier illustre la volonté du Brésil de tisser des liens avec des puissances asiatiques technologiques et industrielles, tout en maintenant un dialogue ouvert avec toutes les grandes économies.
À terme, la vision de Lula pour les BRICS pose la question de l’évolution de la gouvernance mondiale. En insistant sur le poids démographique du groupe, il souligne l’urgence de réformer des institutions comme le Conseil de sécurité de l’ONU ou le FMI, où les pays émergents estiment être sous-représentés. Le Brésil, candidat déclaré à un siège permanent au Conseil de sécurité, voit dans cette plateforme un levier pour accélérer ces réformes.
Enfin, l’accueil protocolaire au Rashtrapati Bhavan, la résidence présidentielle indienne, rappelle le poids symbolique de cette visite. Pour Lula, il s’agit de consolider un axe sud-sud qui ne se résume pas à un affrontement Est-Ouest, mais qui cherche à redessiner les règles du jeu commercial. Reste à savoir si cette rhétorique de l’équilibre parviendra à convaincre des partenaires souvent divisés sur des dossiers sensibles, comme la guerre en Ukraine ou les subventions agricoles.



