L’Union européenne a officiellement retiré l’Afrique du Sud de sa liste des juridictions à haut risque en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Cette décision, actée par la Commission européenne, marque la fin d’une période de défiance financière et constitue une victoire diplomatique et économique majeure pour Pretoria.
Cette radiation fait suite à une évaluation concluant que l’Afrique du Sud a suffisamment renforcé son cadre juridique et opérationnel pour combler les « carences stratégiques » précédemment pointées du doigt. La Commission a notamment salué les progrès réalisés dans les dispositifs de prévention, de contrôle et de répression. Le pays rejoint ainsi le Burkina Faso, le Mali, le Mozambique, le Nigeria et la Tanzanie, également retirés de la liste, signe d’un mouvement de réforme à l’échelle du continent.
Cette réhabilitation intervient après plus de deux années de procédures contraignantes. L’Afrique du Sud avait été placée sur la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI) en février 2023, un revers humiliant pour l’une des économies les plus sophistiquées du continent. Cette inscription avait déclenché une cascade de mesures de vigilance renforcée de la part des partenaires internationaux, notamment l’UE et le Royaume-Uni, alourdissant considérablement le coût et la complexité des transactions financières transfrontalières, décourageant les investissements et pénalisant le commerce.
La perspective principale pour Pretoria est désormais de consolider cette confiance retrouvée. Le Trésor national sud-africain a immédiatement salué cette décision comme un « levier » pour faciliter les échanges et attirer les capitaux européens. Cependant, les autorités reconnaissent que le travail est inachevé. Le pays devra subir une nouvelle évaluation du GAFI en octobre 2027, un délai court qui impose de poursuivre les réformes structurelles pour éviter un nouveau revers.
Cette séquence illustre la profonde vulnérabilité des économies africaines aux standards de conformité financière définis par les instances internationales dominées par les pays occidentaux. La sortie conjointe de plusieurs pays africains de la liste de l’UE suggère un effort coordonné de lobbying et d’alignement technique, mais rappelle aussi le poids considérable de ces décisions sur la souveraineté économique des États. Pour l’Afrique du Sud, l’enjeu était particulièrement crucial, son secteur financier étant un pivot régional.
Malgré l’optimisme affiché, des analystes mettent en garde contre un relâchement des efforts. La capacité des institutions sud-africaines, notamment du système judiciaire et des unités de renseignement financier, à traiter efficacement les dossiers complexes de corruption et de blanchiment reste un point de vigilance. La crédibilité durable du pays passe par des condamnations concrètes et la démonstration d’une répression indépendante et efficace, au-delà des réformes législatives.



