Le pouvoir malgache vient de connaître un séisme politique. Par un laconique communiqué publié lundi 9 mars, le président de la transition, le colonel Michaël Randrianirina, a annoncé la dissolution de l’ensemble du gouvernement dirigé par le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo. Cette décision brutale, survenue dix jours seulement après la remise d’un calendrier de transition à la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), plonge le processus de “Refondation” dans une incertitude totale.
Si les raisons officielles de cette éviction n’ont pas été explicitées par la présidence, elle intervient dans un contexte de défiance grandissante. L’exécutif était en effet la cible de critiques de plus en plus vives, notamment de la part de la société civile et des organisations de jeunesse. Ces dernières, réunies ce week-end au stade Barea de Mahamasina, avaient haussé le ton en lançant un ultimatum au chef du gouvernement, exigeant son départ et la dissolution du cabinet. L’inertie reprochée au pouvoir face à la montée des contestations semble ainsi avoir précipité la chute de l’équipe sortante.
Ce limogeage en bloc ne fait que révéler un malaise bien plus profond qui mine la transition depuis ses débuts. Dès le 18 février, un large collectif d’organisations de la société civile dénonçait, dans un communiqué, un manque criant de transparence de la part des autorités. Cette dissolution intervient à un moment charnière, alors que le régime tentait justement de crédibiliser sa feuille de route sur la scène internationale, après avoir remis un chronogramme de deux ans à la SADC et multiplié les voyages diplomatiques à Moscou et Paris pour marquer sa “rupture” avec l’ancien régime.
Désormais, tous les regards se tournent vers Antananarivo. Le principal enjeu pour le colonel Randrianirina réside dans le choix du prochain locataire de la Primature. Au-delà des compétences, c’est une lourde contrainte coutumière qui pèsera sur sa décision. Pour maintenir l’équilibre géographique au sommet de l’État, une règle non écrite impose que, le président étant originaire d’une région côtière, son nouveau Premier ministre soit issu des Hauts Plateaux.
Pour les observateurs, ce remaniement brutal a des allures d’opération de dernière chance. En sacrifiant son gouvernement sur l’autel de la contestation, le chef de l’État tente de reprendre la main et d’apaiser temporairement la rue. Mais cette manœuvre politique est risquée. Elle pourrait être perçue comme un aveu de faiblesse par ses opposants, ou au contraire comme le signe d’une dérive autoritaire, le président s’affranchissant des dernières institutions pour gouverner seul.
La société civile, qui avait déjà tiré la sonnette d’alarme, observe désormais avec la plus grande vigilance la formation du prochain gouvernement. Le collectif d’organisations, rejoint par des représentants des générations Y et Z, exige des gages concrets de transparence et un calendrier électoral clair. La balle est désormais dans le camp du colonel Randrianirina, dont la capacité à nommer une équipe crédible et rassembleuse déterminera l’avenir d’une transition déjà lourdement fragilisée.



