Le président de la Refondation, Michaël Randrianirina, a dévoilé le 24 mars un gouvernement de trente membres qui assume pleinement la continuité avec l’ancien régime, au point d’en reconduire la majorité des figures contestées. En maintenant dix sept ministres sortants, dont la Garde des sceaux Fanirisoa Ernaivo et le ministre de l’Économie Herinjatovo Ramiarison, l’exécutif envoie un signal clair de stabilité institutionnelle. Mais cette composition, qui ne compte aucun représentant de la génération Z, apparaît comme un défi lancé à une jeunesse qui avait massivement porté l’espoir d’une rupture après la chute du pouvoir précédent.
Parmi les reconductions les plus polémiques figure celle de Fanirisoa Ernaivo, dont le maintien à la Justice est perçu comme une provocation par les collectifs citoyens. La magistrate est régulièrement mise en cause par la génération Z pour son soutien présumé à l’homme d’affaires Koufali Daya, cible de multiples accusations de corruption dans un pays où l’impunité des élites économiques cristallise les tensions. À l’inverse, les seuls mouvements notables interviennent à des postes moins sensibles : aux Affaires étrangères, la diplomate de carrière Alice N’Diaye remplace Christine Razanamahasoa, tandis que le portefeuille de l’Énergie revient à Lucas Rabearimanga, un technicien issu de l’Office malgache des hydrocarbures.
Ce choix de continuité s’inscrit dans une logique de maîtrise institutionnelle après la période d’instabilité qui a suivi la chute du régime déchu. En privilégiant des cadres rodés, le président Randrianirina semble vouloir rassurer les partenaires internationaux et les milieux d’affaires, toujours sensibles à la prévisibilité administrative. Mais cette stratégie heurte de plein fouet la promesse de refondation qui a justifié l’accession au pouvoir du nouveau chef de l’État. La publication accablante d’audits de la Cour des comptes le 22 mars sur la gestion des finances publiques antérieure renforce encore l’exigence citoyenne de voir des visages nouveaux aux commandes.
Le chef de l’exécutif a tenté de concilier ces attentes contradictoires en misant sur une méthode inédite : le recours à un détecteur de mensonges pour la sélection des ministres, une première sur le continent. Cette annonce, faite en ouverture de la cérémonie, vise à crédibiliser un exécutif dont la composition semble à première vue défier l’aspiration au renouvellement. Mais la menace proférée par Michaël Randrianirina, qui promet la destitution immédiate de tout ministre impliqué dans un cas de corruption, place désormais cette équipe sous une pression d’exemplarité sans précédent.
La question de la représentativité générationnelle reste pourtant en suspens. En écartant délibérément les figures de la génération Z, le pouvoir prend le risque de braquer un segment de la population qui s’est imposé comme une force politique incontournable dans la crise récente. Les associations de jeunesse, qui ont fait de la moralisation de la vie publique leur cheval de bataille, n’ont pas caché leur déception. Elles annoncent déjà une vigilance accrue sur la mise en œuvre de la future concertation nationale, confiée à la ministre de la Refondation Hanitriniaina Razafimanantsoa.
L’autre défi pour le nouveau gouvernement, dirigé par Mamitiana Rajaonarison, sera de répondre aux injonctions contradictoires de la Cour des comptes sans sacrifier la stabilité économique. Le rapport publié trois jours avant la formation du cabinet épingle des pratiques de gestion dont certains ministres reconduits ont pu être partie prenante. La capacité de l’exécutif à appliquer les recommandations des magistrats tout en conservant la cohésion de son équipe constituera le premier test de cette refondation sous surveillance.



