Face aux craintes d’une perturbation majeure de l’approvisionnement mondial liée aux tensions en Iran, les États-Unis ont accordé à l’Inde une autorisation exceptionnelle. New Delhi pourra, pendant un mois, importer du pétrole brut russe pourtant frappé par les sanctions américaines. Une décision d’urgence qui vise à enrayer la flambée des prix de l’or noir.
Cette dérogation temporaire concerne spécifiquement le pétrole et les produits pétroliers russes actuellement bloqués en mer. Elle va permettre aux raffineurs indiens de réacheminer vers leurs ports des tankers appartenant à la fameuse “flotte fantôme” russe. Ces navires, qui ne peuvent emprunter leurs routes habituelles devenues trop risquées, transportent une cargaison que l’Inde convoitait depuis le début du conflit.
Devenue le premier acheteur de brut russe après l’invasion de l’Ukraine, l’Inde avait dû réduire la voilure sous la pression constante de Washington. En janvier dernier, la part du pétrole russe dans ses importations était tombée à 20 %, un déficit comblé par une hausse des achats au Moyen-Orient. Ce rééquilibrage imposé montre la complexité de la position indienne, tiraillée entre ses besoins énergétiques et ses relations stratégiques avec l’Occident.
Cette décision américaine, bien que temporaire, ouvre la voie à plusieurs scénarios. D’un côté, elle offre un répit à l’Inde, qui peut sécuriser son approvisionnement sans enfreindre les règles. De l’autre, elle envoie un signal ambigu quant à la fermeté du régime de sanctions. À terme, cette flexibilité pourrait créer un précédent et inciter Moscou à redoubler d’efforts pour placer son brut, alors que la Russie se dit déjà prête à augmenter ses livraisons vers la Chine et l’Inde si la demande devait croître.
Selon les données des experts de la plateforme de traçage Kpler, cités par Les Échos, ce sont entre 30 et 40 millions de barils de pétrole russe qui seraient actuellement immobilisés dans la région. Ce chiffre illustre l’ampleur du défi logistique posé par les sanctions et l’ingéniosité déployée par Moscou pour contourner l’embargo via sa flotte parallèle. Pour les raffineurs indiens, c’est l’opportunité de s’approvisionner à des conditions avantageuses, contribuant ainsi, indirectement, à alléger la pression sur un marché mondial tendu.



