Le gouvernement malien a officiellement lancé, par une cérémonie solennelle, les opérations de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Intégration (DDRI) dans les régions de Tombouctou et de Taoudenit. Cette initiative constitue une étape politique et sécuritaire majeure dans la tentative de consolidation de la paix dans le Nord du pays, une zone historiquement instable et minée par les conflits.
Ce processus concret vise un triple objectif. Premièrement, il s’agit de renforcer les effectifs des Forces armées maliennes (FAMa) par l’intégration d’anciens combattants jugés éligibles. Deuxièmement, le programme ambitionne de réduire le chômage des jeunes, un terreau fertile pour la rébellion et le banditisme, via des projets de réinsertion socio-économique. Enfin, il cherche à limiter la circulation incontrôlée des armes légères dans ces zones sensibles. Les autorités locales, comme le gouverneur de Tombouctou, y voient une opération “utile et très attendue par les populations”.
Ce lancement s’inscrit dans un contexte national complexe. Il marque l’extension à deux régions symboliques du Nord d’un processus engagé progressivement ailleurs dans le pays, notamment à Kidal, Gao et Ménaka. Ces opérations de DDRI découlent théoriquement de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, signé en 2015 entre l’État, des groupes armés pro-gouvernementaux et d’anciens rebelles de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Cependant, leur mise en œuvre survient dans un paysage sécuritaire toujours dégradé, avec une persistance des activités jihadistes et des tensions communautaires, et dans un contexte politique où la junte au pouvoir affiche une défiance envers les anciens partenaires internationaux comme l’ONU.
Les perspectives de ce DDRI à Tombouctou et Taoudenit sont mitigées et pleines de défis. Si une réussite pourrait effectivement contribuer à apaiser certaines zones et à renforcer l’autorité de l’État, les risques d’échec sont réels. Ils incluent la réticence de certains groupes à rendre toutes leurs armes, les difficultés pratiques et financières de la réinsertion économique dans des régions désertiques, et la possible exaspération des communautés si les promesses de développement ne sont pas tenues. La crédibilité du processus dépendra de sa transparence et de sa capacité à être perçu comme juste et inclusif par toutes les parties prenantes locales.
Des analystes soulignent que la réussite de la phase “réinsertion” est souvent le point faible de tels programmes. Sans opportunités économiques viables et durables, les anciens combattants démobilisés risquent de retomber dans des activités illicites ou de se sentir trahis, compromettant tout le processus. Par ailleurs, dans le climat sécuritaire actuel, la distinction entre combattants éligibles au DDRI et éléments liés aux groupes jihadistes, exclus du processus, reste un exercice extrêmement périlleux sur le terrain.
Enfin, cette opération est également observée comme un test de la capacité du régime de la transition, issu des putschs de 2020 et 2021, à mettre en œuvre un volet clé de l’Accord de paix par ses propres moyens, après le retrait accéléré de la Mission des Nations unies au Mali (MINUSMA). Le succès ou l’échec à Tombouctou et Taoudenit enverra un signal fort sur la trajectoire de stabilisation que le Mali peut espérer engager dans un avenir proche, dans un Sahel plus fracturé que jamais.



