L’État malien prend le contrôle de la production nationale d’explosifs à usage civil. Le gouvernement vient en effet d’acquérir une participation majoritaire de 51% dans la Société industrielle du Centre du Mali FARATCHI-CO-SA. Cette opération, actée par un pacte d’actionnaires en novembre dernier, vise à mieux sécuriser une filière stratégique, jusqu’alors dépendante des importations et sensible dans un contexte sécuritaire dégradé.
Cette prise de participation publique vise trois objectifs précis. Il s’agit d’abord d’encadrer strictement la gestion des explosifs destinés à l’économie, notamment l’orpaillage industriel, les carrières et les travaux publics. Ensuite, l’État entend développer une capacité de production locale pour réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers. Enfin, cette mainmise doit permettre de renforcer les mesures de surveillance et de sécurité tout au long de la chaîne, de la fabrication à l’utilisation finale.
Cette décision s’inscrit dans un double contexte, sécuritaire et économique. Depuis 2022, face à la menace terroriste et à la prolifération des engins explosifs improvisés, Bamako a considérablement durci son cadre réglementaire. Le stockage, le transport, la traçabilité et l’autorisation d’utilisation de ces produits sont soumis à des règles plus strictes. Parallèlement, cette réforme du secteur des explosifs s’articule avec la refonte du Code minier, pilier de l’économie nationale puisque le Mali est l’un des plus grands producteurs d’or d’Afrique.
La nationalisation de la filière ouvre plusieurs perspectives. À court terme, elle devrait permettre aux autorités de verrouiller l’accès à ces matières sensibles, limitant les risques de détournement vers des groupes armés. Sur le plan économique, si la production locale se développe, elle pourrait générer des économies de devises et sécuriser les approvisionnements des industries minière et du BTP. Toutefois, la réussite de cette politique dépendra de la capacité de l’État à gérer cette entreprise avec efficacité et transparence, dans un secteur notoirement complexe.
Cette stratégie traduit une volonté plus large de réaffirmer la souveraineté de l’État sur ses ressources stratégiques. En reprenant le contrôle d’un maillon aussi sensible que la production d’explosifs, Bamako envoie un signal fort, à la fois à ses partenaires économiques et à ses adversaires sécuritaires. L’enjeu est de taille : concilier les impératifs de développement d’une industrie extractive vitale pour les finances publiques avec la nécessité absolue de ne pas alimenter, même indirectement, l’insécurité qui mine le pays.
La réussite de cette opération sera observée de près par les experts en sécurité de la sous-région. Elle constitue un test pour la gouvernance malienne, qui devra prouver que ce contrôle étatique n’entrave pas l’activité économique des mines légales, tout en étant véritablement dissuasif pour les trafics. Les mois à venir diront si cette approche, combinant interventionnisme économique et sécuritaire, peut servir de modèle face à un défi qui dépasse largement les frontières du Mali.



