L’ouest du Mali a été frappé, le 11 janvier, par une série d’attaques coordonnées contre trois sites industriels. Ces assauts, attribués à des groupes armés terroristes, visent délibérément les infrastructures économiques du pays, marquant une escalade dans les méthodes de déstabilisation.
Selon les informations rapportées par les médias locaux, entre 150 et 200 assaillants lourdement armés, circulant à moto, ont incendié des installations le long de la route nationale RN22. Les dégâts matériels sont considérables. Parmi les cibles figure en particulier l’usine Stones de Bafoulabé, spécialisée dans la fabrication de carreaux et de chaux, qui subit là son deuxième assaut en six mois, après un incendie volontaire en juillet 2025.
Ces attaques s’inscrivent dans une évolution tactique préoccupante des groupes jihadistes actifs au Sahel. Après des années centrées sur la conquête territoriale et les attaques contre les forces de défense et de sécurité, une stratégie de sabotage économique se précise. L’objectif avoué est d'”asphyxier” l’État en le privant de ressources, en anéantissant les rares pôles de développement et en démontrant son incapacité à protéger les investissements et les emplois, fragilisant ainsi le contrat social.
Les perspectives sont alarmantes. La répétition de ces attaques contre des symboles du secteur productif risque d’accélérer la fuite des capitaux et de décourager tout investissement, même local, dans des régions déjà en proie à l’insécurité. Cette stratégie pourrait se propager à d’autres zones économiquement sensibles, plongeant davantage le pays dans une crise multidimensionnelle où l’appauvrissement généralisé deviendrait un terreau encore plus fertile pour l’extrémisme.
L’impact humain et social est immédiat et profond. L’usine Stones, décrite comme un pilier de l’emploi local, est à nouveau paralysée. Son promoteur, Ibrahima Diawara, fait état d’une précarité accrue pour de nombreuses familles dépendantes de l’activité du site. Cette résilience d’un entrepreneur face à l’adversité met en lumière le dilemme des acteurs économiques maliens, coincés entre leur volonté de développement et un environnement sécuritaire extrêmement dégradé.
Ces événements interrogent aussi l’efficacité des dispositifs de protection des infrastructures critiques. La capacité des groupes armés à mobiliser des effectifs importants pour conduire des opérations de sabotage loin de leurs bastions traditionnels au nord et au centre souligne leur mobilité et la porosité du dispositif sécuritaire dans l’ouest. Cela pose la question de la répartition et des priorités des forces maliennes et de leurs partenaires, tiraillées entre des fronts multiples.



