Masai Ujiri, l’homme qui a bâti le premier titre NBA des Toronto Raptors en 2019, rejoint désormais l’actionnariat principal du Toronto Tempo, nouvelle franchise de la Women’s National Basketball Association (WNBA). Il y siège aux côtés de la légende du tennis Serena Williams. Une reconversion professionnelle majeure pour l’un des stratèges les plus respectés du basket mondial, désormais engagé dans le développement du sport féminin en Amérique du Nord.

Son rôle ne se limite pas à un apport financier. Ujiri pilotera un programme de mentorat destiné aux futures entraîneuses et dirigeantes du basket féminin, baptisé « Tempo Rising ». L’annonce, faite officiellement par la franchise canadienne, confirme que l’exécutif nigérian mettra son expertise en détection de talents et en gestion d’équipe au service d’une équipe débutante dans la ligue. Une mutation logique pour celui qui avait su convaincre Kawhi Leonard de rejoindre Toronto en 2018, un pari gagnant couronné par un titre.
Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique plus large d’expansion de la WNBA, qui passera de 13 à 15 équipes avec l’arrivée du Tempo et du Portland Fire. Mais il repose aussi sur des relations de confiance anciennes. Ujiri a longtemps travaillé avec Larry Tanenbaum, président de Kilmer Sports Ventures, propriétaire de la nouvelle franchise. Surtout, il a lui‑même formé Teresa Resch, aujourd’hui présidente du Tempo, lors de leurs années communes aux Raptors. La transition est donc autant organisationnelle que personnelle.
Ujiri ne cache pas ses ambitions : « La croissance du sport féminin est incroyable, en WNBA, dans le football, le hockey. Amener une telle marque à Toronto, une ville passionnée que je connais, va résonner », a‑t‑il déclaré à ESPN. À court terme, son influence pourrait accélérer le recrutement de joueuses internationales et l’ouverture de la ligue à des talents africains. À moyen terme, le modèle économique du Tempo servira de test pour d’autres investisseurs noirs et diasporiques dans le sport féminin nord‑américain.
Depuis son départ des Raptors il y a dix mois, Ujiri a volontairement ralenti. Installé en Floride avec sa famille, il est devenu « chauffeur Uber pour ses enfants ». Mais loin de l’oisiveté : il supervise la finalisation d’une cité du sport au Rwanda, prépare des complexes en Guinée, Sierra Leone et Mauritanie, et travaille avec l’ONU dans la région du Sahel. Son entrée au capital du Tempo ne l’éloigne donc pas du continent ; elle lui offre au contraire une caisse de résonance supplémentaire pour ses projets en Afrique.
Né en Angleterre de parents kényan et nigérian, Ujiri a grandi à Zaria, au Nigeria. Ce double ancrage familial et professionnel explique sa vision peu conventionnelle du leadership. Il passe du statut de scout NBA à celui de président des Raptors, puis aujourd’hui à celui de propriétaire en WNBA. Chaque étape a été marquée par une volonté affirmée d’exporter les standards nord‑américains tout en important des talents et des modèles de management issus des diasporas africaines. Un parcours qui, dans le silence médiatique européen, pèse pourtant lourd dans l’évolution silencieuse du basket mondial.



