Plus de 170 corps ont été exhumés de deux fosses communes dans le territoire d’Uvira, au Sud-Kivu, a annoncé ce lundi le gouverneur de province, Jean-Jacques Purusi Sadiki. Cette macabre découverte, intervenue plusieurs semaines après le retrait des rebelles de l’AFC/M23 de cette zone, jette une lumière crue sur les exactions commises lors de l’occupation de la cité par le mouvement insurgé.
Les sites ont été localisés à Kiromoni, près de la frontière burundaise, où une trentaine de dépouilles ont été comptabilisées, et à Kavimvira, où 141 corps ont été mis au jour. Selon les premières constatations des autorités provinciales, les victimes pourraient être des résidents locaux exécutés par les rebelles qui les soupçonnaient de collaborer avec les Forces armées de la RDC (FARDC) et leurs alliés. Les opérations d’identification et d’enquête, confiées aux services de sécurité, devront déterminer les circonstances précises de ces tueries et l’identité des victimes.
Uvira était tombée aux mains de la rébellion du M23 en décembre 2025, lors d’une offensive éclair qui avait vu le groupe armé contrôler une grande partie de la plaine de la Ruzizi. Ce n’est qu’en janvier dernier que les FARDC, appuyées par des milices locales wazalendo, avaient réussi à en reprendre le contrôle, repoussant les insurgés vers les hauteurs. Cette succession de contrôles illustre la volatilité de la situation sécuritaire dans une région où l’armée régulière peine à consolider ses positions.
Malgré cette reprise en main, la menace reste tangible. Le gouverneur Purusi Sadiki s’est d’ailleurs adressé à une délégation de la MONUSCO le 24 février pour les alerter sur la présence de rebelles signalée à seulement quelques kilomètres des localités jouxtant Uvira. La découverte de ces charniers intervient donc dans un climat de tension extrême, où la possibilité d’un retour offensif du M23 n’est jamais écartée, plongeant les populations dans une psychose permanente.
Cette révélation s’inscrit dans un cycle de violences qui n’a cessé de s’intensifier dans l’Est congolais depuis la résurgence du M23 fin 2021. Loin d’être un cas isolé, la pratique des fosses communes est devenue un sinistre marqueur du conflit, chaque avancée ou retrait des belligérants laissant derrière elle son lot de massacres. Pour les organisations de défense des droits humains, ces charniers d’Uvira constituent une preuve supplémentaire des crimes de guerre qui pourraient être imputés aux groupes armés, mais aussi, parfois, à des éléments des forces gouvernementales, dans une région où le droit international humanitaire est quotidiennement bafoué. La pression internationale risque de monter d’un cran sur Kigali, régulièrement accusé de soutenir le M23, pour obtenir la fin des hostilités et la mise en place d’un mécanisme de justice transitionnelle capable de répondre à l’ampleur des atrocités.



