Face à une demande mondiale d’acier qui ne faiblit pas, plusieurs gouvernements africains accélèrent leurs projets de transformation locale du minerai de fer, rompant avec le modèle historique de l’exportation de matières premières brutes. Portée par des institutions financières panafricaines et des annonces gouvernementales récentes, cette dynamique vise à faire des gisements du continent le socle d’une industrialisation régionale intégrée, de l’extraction jusqu’à la production d’acier sidérurgique.
Le marché mondial du minerai de fer, qui devrait passer de 313 milliards de dollars en 2026 à 425 milliards d’ici 2034 selon les organisateurs de la Semaine minière africaine, offre une fenêtre d’opportunité que les États entendent saisir. La Société financière africaine (AFC) a classé le minerai de fer parmi les ressources stratégiques, soulignant sa capacité à alimenter des filières sidérurgiques nationales et à protéger les économies de la volatilité des cours grâce au développement de chaînes de valeur locales. Cette vision repose sur un constat : avec environ 8600 milliards de dollars de richesses minérales inexploitées, l’Afrique peut et doit désormais créer davantage de valeur sur son sol.
Les initiatives se multiplient d’ouest en est du continent. L’Afrique du Sud a érigé le minerai de fer en pilier de sa stratégie sur les minéraux critiques, avec un objectif d’investissement de 2000 milliards de rands sur cinq ans, tandis que le président Cyril Ramaphosa a promis de nouveaux moyens pour la cartographie géologique. En République démocratique du Congo, le gouvernement pousse à la création d’une zone économique spéciale de 28 milliards de dollars pour transformer les quelque 20 milliards de tonnes de réserves estimées. La Guinée, quant à elle, mise sur le gigantesque projet Simandou (20 milliards de dollars) pour irriguer 122 projets prioritaires dans les infrastructures, la santé ou l’agriculture d’ici 2040.
Les ambitions affichées se heurtent toutefois à des défis structurels considérables. Les besoins en capitaux pour les infrastructures de transport (chemins de fer, ports) et énergétiques sont colossaux, et les incertitudes liées à la gouvernance ou aux impacts communautaires peuvent freiner les investisseurs. Les observateurs insistent sur la nécessité de contrats transparents et de politiques de contenu local robustes pour éviter que ces nouveaux projets ne reproduisent les erreurs du passé, où les retombées pour les populations restaient marginales. La question de la compétitivité de l’acier africain sur le marché mondial, une fois transformé, reste également posée.
Les petits producteurs ne sont pas en reste et contribuent à cette dynamique. Le Libéria prévoit ainsi de tripler sa production cette année grâce à l’extension des capacités d’ArcelorMittal Liberia et à l’entrée en scène de nouveaux opérateurs comme Cavalla Resources. L’objectif gouvernemental est d’atteindre 25 à 30 millions de tonnes par an une fois tous les projets opérationnels. Cette effervescence traduit une prise de conscience partagée : l’heure n’est plus à l’exportation brute mais à l’intégration des chaînes de valeur, en investissant dans des usines de traitement capables de fournir acier et matériaux de construction aux marchés régionaux.
C’est dans ce contexte que la Semaine minière africaine 2026, prévue du 14 au 16 octobre au Cap, servira de catalyseur. L’événement ambitionne de mettre en relation gouvernements, financiers et industriels pour nouer des partenariats couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’augmentation de la production à la transformation en aval. Pour les promoteurs de cette vision, le succès de cette nouvelle vague extractive dépendra de la capacité des États à imposer une conditionnalité claire : que chaque tonne de fer extraite contribue durablement à bâtir une infrastructure ou une industrie locale, et pas seulement à alimenter les balances commerciales.



