Le président mozambicain, Daniel Chapo, a reçu Akinwumi Adesina, président du Sommet mondial de l’investissement en Afrique (GAIS), pour poser les jalons d’un partenariat stratégique. L’objectif affiché est d’inscrire le Mozambique dans un programme de mobilisation de capitaux privés destiné à métamorphoser les richesses nationales—énergétiques, minières et portuaires—en véritables produits d’investissement. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de rupture avec les modèles de financement traditionnels.
Concrètement, il s’agit pour Maputo de ne plus se contenter d’exporter des matières premières, mais de les intégrer dans une chaîne de valeur susceptible d’attirer les grands fonds d’investissement. Selon la présidence, les échanges avec Akinwumi Adesina ont porté sur une stratégie de développement fondée sur la valorisation des actifs nationaux pour réduire la dépendance chronique du pays à la dette extérieure. L’ambition est de positionner le Mozambique comme une plateforme régionale incontournable pour l’énergie et la logistique, en sécurisant juridiquement et financièrement les infrastructures publiques destinées à être ouvertes aux investisseurs privés.
Cette rencontre de haut niveau survient dans un contexte de reconstruction difficile pour le Mozambique. Le pays panse encore les plaies des récentes inondations dévastatrices, une épreuve pour laquelle Adesina a exprimé sa solidarité au peuple mozambicain, saluant au passage la résilience de sa population et le leadership de son nouveau président. Mais au-delà de l’urgence humanitaire, c’est le modèle de développement qui est en jeu. Avec une dette publique avoisinant les 100 % du PIB et les scandales des “euro-obligations” (les “dettes cachées”) encore dans les esprits, Maputo doit innover pour financer ses infrastructures sans creuser davantage le déficit.
Le Sommet GAIS, cofondé par Akinwumi Adesina et Margery Kraus, n’est pas un forum de plus. Il se présente comme un outil opérationnel visant à “cuisiner” les actifs publics africains pour les rendre “appétissants” aux yeux des investisseurs institutionnels internationaux. L’idée est de sortir de la logique de l’aide et des prêts concessionnels pour entrer dans celle du partenariat d’affaires. Pour le Mozambique, riche en gaz naturel (notamment avec le mégaprojet de la zone 1 d’Afungi, porté par TotalEnergies) et en potentiel hydroélectrique (barrage de Cahora Bassa), l’enjeu est de transformer ces atouts bruts en portefeuilles d’investissement sécurisés.
Les discussions ont également abordé un point sensible : la sécurisation des actifs publics. Il ne suffit pas d’avoir du gaz ou des ports ; encore faut-il offrir aux investisseurs un cadre juridique stable et des garanties contre les risques politiques et sécuritaires. La province de Cabo Delgado, épicentre des réserves gazières, reste meurtrie par une insurrection djihadiste dont la menace, bien qu’atténuée, n’a pas totalement disparu. Si Maputo veut réellement transformer ses atouts en leviers de croissance, la stabilité et la transparence devront être les piliers de ce nouveau chapitre. La crédibilité du président Chapo, élu dans un climat politique tendu, se jouera en grande partie sur sa capacité à rassurer à la fois les partenaires internationaux et une population qui attend des retombées concrètes de ces richesses.



