Le Niger a franchi un nouveau cap dans la rigidification de son contrôle sur les ressources naturelles. Mardi, lors du Conseil des ministres, les autorités de Niamey ont annoncé la rupture des contrats liant l’État à trois sociétés aurifères et ont rejeté une demande de prolongation de permis de la compagnie pétrolière britannique Savannah Energy, invoquant des manquements contractuels.
Les décrets adoptés par le gouvernement actent la résiliation des conventions avec la Compagnie des Mines du Niger, Afrior SA et Ecomine SA, toutes trois actives dans l’exploitation et le raffinage de l’or. Selon le communiqué officiel, ces entreprises n’ont pas respecté leurs engagements depuis 2023. Il leur est reproché de ne pas avoir contribué au financement des plans de développement local, de ne pas avoir recruté en priorité du personnel nigérien et d’avoir fait preuve de négligences concernant les normes environnementales. Elles sont également accusées de ne pas s’être acquittées de l’intégralité des taxes et impôts dus, ni d’avoir fourni les rapports techniques et financiers exigés en fin d’exercice.
Ces sanctions interviennent dans un contexte de durcissement de la position des États sahéliens vis-à-vis des opérateurs étrangers. Depuis l’arrivée au pouvoir des militaires à Niamey en juillet 2023, le discours sur la “souveraineté” s’est traduit par une relecture systématique des contrats miniers et pétroliers. Les autorités entendent maximiser les retombées économiques locales et imposer une transparence plus stricte, dans une région où les communautés locales dénoncent souvent un partage inéquitable des richesses issues du sous-sol.
Pour l’avenir, ces décisions pourraient redessiner le paysage des investissements au Niger. Si le gouvernement affiche sa fermeté, il devra aussi trouver de nouveaux opérateurs pour maintenir la production, notamment aurifère, qui constitue une source de revenus cruciale. Concernant Savannah Energy, le refus de proroger son permis de prospection dans le sud-est pourrait ralentir le développement de champs pétroliers, même si le pays entend avant tout exploiter les gisements vers l’Agadem et l’oléoduc jusqu’au Bénin, malgré les tensions avec son voisin.
Cette offensive montre surtout que Niamey ne compte plus tolérer ce qu’elle considère comme des “lettres mortes” dans les contrats. Les entreprises opérant au Niger, qu’elles soient dans l’extraction ou les services, doivent désormais intégrer que la rente ne suffit plus : les clauses sociales, le respect des cahiers des charges environnementaux et l’emploi local sont devenus des lignes rouges. Le gouvernement, en communiquant largement sur ces sanctions, cherche aussi à envoyer un message clair aux futurs partenaires : au Niger, les promesses non tenues auront désormais un coût contractuel.



