Lors d’une rupture du jeûne interreligieuse organisée à la Villa présidentielle d’Abuja, le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a réaffirmé son attachement indéfectible à la démocratie et à l’État de droit. Face aux dirigeants du parti au pouvoir et aux formations de l’opposition réunis au sein de l’Inter-Party Advisory Council (IPAC), le chef de l’État a livré un message clair : la stabilité du géant d’Afrique de l’Ouest passe par une gouvernance exemplaire et le respect scrupuleux des règles démocratiques. Il a profité de cette rencontre pour rappeler que son administration ne tolérera aucune dérive autoritaire, insistant sur la nécessité de protéger les libertés d’expression.
Au-delà des principes généraux, Tinubu a ciblé un chantier spécifique et crucial : la démocratie interne au sein des partis politiques. Pour lui, l’édification d’institutions solides et la tenue de scrutins crédibles dépendent de la qualité de la sélection des candidats. Il a vivement encouragé le recours aux primaires directes, seul moyen, selon lui, de redonner la parole aux militants de base et d’éviter que les investitures ne soient décidées dans les seules arrière-salles. Cette insistance traduit une volonté de moraliser la vie politique en amont, là où se jouent souvent les rapports de force les plus opaques.
Cette sortie s’inscrit dans la continuité du parcours politique de Bola Tinubu, qui n’a pas manqué de rappeler son engagement historique aux côtés du mouvement pro-démocratique NADECO, durant les longues années de régime militaire. Une référence qui n’est pas anodine : elle vise à légitimer sa posture actuelle de garant des institutions et à rassurer une classe politique parfois sceptique face aux dérives autoritaires observées ailleurs dans la région. « Sous mon administration, aucun démocrate ne doit être considéré comme une menace », a-t-il martelé, cherchant ainsi à dissiper toute ambiguïté sur sa conception du pouvoir.
Sur le plan des perspectives immédiates, les attentes des partis politiques sont précises. Le président de l’IPAC, Yusuf Dantalle, a profité de cette tribune pour soumettre deux doléances majeures au gouvernement. La première concerne l’obligation du Numéro d’identification nationale (NIN) pour l’inscription sur les listes électorales, une mesure que l’IPAC juge potentiellement excluante pour de nombreux citoyens éligibles. La seconde porte sur le rétablissement du soutien financier de la Commission électorale nationale indépendante (INEC) aux partis, une manne essentielle à leur fonctionnement et à leur ancrage territorial.
Au-delà de ces requêtes techniques, c’est une volonté de dialogue et de reconnaissance mutuelle qui semble avoir prévalu. Le président de l’APC, Nentawe Yilwatda, a renouvelé la loyauté de son parti à la vision présidentielle. En geste de bonne volonté, les responsables de l’IPAC ont annoncé la projection prochaine à la présidence d’un film intitulé Démocratie inébranlable, retraçant les 26 années de vie démocratique du Nigeria. Soutenu par Hope Uzodimma, président du Forum des gouverneurs progressistes, cet événement symbolique vise à célébrer un cheminement politique que Tinubu jure aujourd’hui de vouloir non seulement préserver, mais aussi approfondir.



