La monnaie nigériane, le naira, connaît un raffermissement spectaculaire depuis le début de l’année 2026, s’échangeant désormais autour de 1 348 pour un dollar. Cette appréciation, couplée à une envolée historique de la Bourse de Lagos, agit comme un puissant levier sur la valorisation des actifs des grandes fortunes du pays, générant des gains colossaux pour les barons de l’industrie et de la finance.
La capitalisation boursière du Nigeria a franchi un record absolu, avoisinant les 125 000 milliards de nairas, soit environ 93 milliards de dollars. Cette progression de 25 000 milliards de nairas en seulement deux mois est du jamais-vu. Elle se traduit par des plus-values latentes considérables pour les principaux actionnaires. Aliko Dangote, première fortune du continent, voit sa richesse s’envoler de 1,84 milliard de dollars depuis janvier, dépassant durablement la barre des 32 milliards de dollars, porté par la montée en puissance de sa méga-raffinerie et la bonne tenue du naira qui renforce la valeur dollar de ses actifs locaux. Dans la même veine, Abdul Samad Rabiu a vu sa fortune augmenter de 2,33 milliards de dollars pour atteindre 12,5 milliards, sa société BUA Foods devenant la plus valorisée de la place de Lagos.
Cette embellie spectaculaire est le fruit de réformes macroéconomiques douloureuses mais jugées nécessaires par le gouvernement de Bola Tinubu. Depuis 2023, l’unification des taux de change et la suppression des subventions aux carburants, bien qu’ayant plongé la population dans une crise du coût de la vie, ont modifié en profondeur les anticipations des investisseurs internationaux. Associées à des taux d’intérêt directeurs très élevés (autour de 27 %) et à des réserves de change confortables (près de 50 milliards de dollars), ces mesures ont restauré une certaine crédibilité et attiré des capitaux de portefeuille, mettant fin à la fuite devant la monnaie nationale.
L’avenir du naira et son impact sur les grandes fortunes restent sujets à caution. L’investisseur Femi Otedola se montre optimiste, envisageant un taux de change sous la barre des 1 000 nairas pour un dollar d’ici la fin de l’année, ce qui représenterait une appréciation supplémentaire de plus de 25 %. Une telle perspective amplifierait encore la valeur en devises des actifs nigérians. À l’inverse, Tony Elumelu, patron d’UBA, tempère cet optimisme en soulignant que la stabilité et la prévisibilité du taux de change sont plus cruciales pour l’économie réelle que son niveau absolu, permettant aux entreprises de relancer des investissements longtemps suspendus.
Ce rallye boursier et monétaire met en lumière une réalité à double tranchant. Si les grands groupes cotés et leurs actionnaires majoritaires engrangent des bénéfices substantiels, cette richesse « sur le papier » contraste avec les difficultés persistantes de la population et du tissu économique informel, qui peine à accéder au crédit et subit de plein fouet l’inflation. La vraie mesure du succès des réformes en cours ne résidera pas seulement dans la hauteur des indices boursiers, mais dans la capacité de cette nouvelle stabilité à irriguer l’ensemble de l’économie nigériane et à créer des emplois au-delà des sphères de la haute finance et de l’industrie lourde.



