Le gouvernement ougandais assume pleinement sa réponse sécuritaire post-électorale, qualifiée de répressive par ses détracteurs. Dans un communiqué officiel publié ce 27 janvier 2026, le ministre de l’Information et de la Communication nationale, Chris Baryomunsi, a défendu les arrestations en cours ainsi que la suspension de l’accès à Internet, présentant ces mesures comme une nécessité pour contrer des « gangs criminels » accusés d’avoir tenté de semer le trouble après le scrutin présidentiel du 15 janvier.
Le ministre rejette catégoriquement l’idée d’une répression politique. Il affirme que l’exécutif agit contre des groupes organisés qui se dissimuleraient derrière un activisme politique pour provoquer des désordres publics. Baryomunsi évoque des « incidents isolés » mais potentiellement dangereux, justifiant ainsi le déploiement des forces de sécurité. Parallèlement, le communiqué salue la « bonne tenue » du vote et la « large victoire » du président sortant Yoweri Museveni, réélu pour un nouveau mandat, ainsi que celle de son parti, le Mouvement de résistance nationale (NRM).
Ce discours officiel s’inscrit dans un contexte électoral hautement contesté. Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, a été réélu avec un score annoncé à plus de 58% des voix, face à son principal rival, Bobi Wine, leader de la Plateforme de l’unité nationale (NUP). L’opposition et de nombreux observateurs dénoncent depuis des années un rétrécissement de l’espace démocratique, des arrestations ciblées de militants et un contrôle étroit des médias. Les élections de janvier 2026 se sont tenues dans un climat de forte tension, marqué par des restrictions numériques préventives.
Les perspectives à court terme sont celles d’une consolidation du verrou sécuritaire. Le gouvernement indique que les arrestations vont se poursuivre « conformément à la loi » contre les individus suspectés d’incitation. La coupure d’Internet, justifiée par la lutte contre la « désinformation » et l’« incitation à la violence », pourrait devenir un outil récurrent de gestion des crises politiques. Cette posture risque d’accentuer les tensions avec la communauté internationale, notamment les Nations unies, qui ont déjà exprimé leur inquiétude.
L’accusation portée par le pouvoir est précisément ciblée. Le ministre Baryomunsi affirme disposer de preuves, dont des images, montrant des responsables de la NUP formant des partisans à « submerger » les forces de l’ordre. La NUP dément fermement ces allégations et rétorque que ses membres sont victimes d’une traque systématique. Le leader Bobi Wine a déclaré être entré dans la clandestinité après qu’une intervention militaire a visé son domicile, incident au cours duquel son épouse affirme avoir été agressée.
La communication gouvernementale contraste avec des déclarations plus brutales émanant de l’appareil sécuritaire. Le chef de l’armée, le général Muhoozi Kainerugaba – fils du président –, a affirmé de son côté que près de 2000 partisans de l’opposition avaient été détenus et que 30 avaient été tués, sans fournir de précisions sur les circonstances. Ces chiffres, non repris par le ministre, illustrent le durcissement des méthodes et alimentent les craintes d’une répression dépassant le cadre de la simple réponse à des « gangs ».
Au-delà des arrestations, la stratégie de criminalisation de l’opposition constitue un tournant. En assimilant toute contestation à des actes de gangstérisme, le pouvoir cherche à délégitimer politiquement et juridiquement ses adversaires. Des proches de la NUP redoutent que ces opérations servent aussi à « planter » des preuves pour fabriquer des dossiers. Cette période post-électorale révèle ainsi une évolution du régime, prêt à user de tous les leviers, numériques, sécuritaires et judiciaires, pour étouffer la contestation et asseoir sa version des événements.



