Au moins seize personnes ont été tuées au nord du Nigeria durant le week-end de Pâques, dans deux vagues d’attaques distinctes. Dans l’État de Bénoué, neuf civils ont été exécutés par un groupe d’éleveurs armés. Dans celui de Kaduna, sept fidèles ont perdu la vie lors d’assauts terroristes contre deux églises. Ces violences illustrent une fois encore l’incapacité des autorités à garantir la sécurité des populations, y compris pendant les fêtes religieuses.
À Mbalom, dans la zone de Gwer Est (Bénoué), plus de cinquante éleveurs armés ont envahi la communauté d’Agena dimanche matin. Ils ont incendié des maisons, le marché local et des entrepôts. Neuf corps ont été retrouvés, mais plusieurs personnes sont toujours portées disparues. Un résident a rapporté que les assaillants tiraient sur les fuyards. Parallèlement, à Ariko (Kaduna), des terroristes ont simultanément attaqué l’église First ECWA et l’église catholique Saint-Augustin, tuant sept fidèles et enlevant plusieurs autres. L’armée nigériane est intervenue, libérant 31 otages. Des traces de sang sur les voies de fuite laissent craindre d’autres victimes parmi les assaillants.
Ces attaques s’inscrivent dans une longue série de violences qui déchirent le centre et le nord-ouest du Nigeria. La compétition pour les terres agricoles entre éleveurs peuls souvent armés et communautés sédentaires y est chronique, tandis que des groupes djihadistes et des bandes criminelles sévissent dans une impunité quasi totale. L’État de Bénoué, gouverné par le révérend père Hyacinth Alia, est régulièrement le théâtre de raids meurtriers. Kaduna, lui, est un épicentre de l’insurrection terroriste et des enlèvements de masse. Malgré les déclarations officielles, les forces de sécurité manquent de moyens et de coordination, laissant les civils exposés.
Rien n’indique une amélioration à court terme. Le gouverneur Alia a promis de traquer les auteurs et de renforcer la sécurité, mais les mêmes promesses ont déjà été faites après chaque massacre. À Kaduna, la mauvaise couverture téléphonique a retardé l’intervention, signe d’un abandon structurel des zones rurales. Les éleveurs armés et les terroristes exploitent ces failles. Sans réforme profonde des services de renseignement, sans dé conséquence de l’armée et sans politique de réconciliation locale, les prochaines célébrations religieuses pourraient bien être à nouveau ensanglantées.
Les attaques ciblant des églises pendant Pâques ne sont pas anodines. Elles visent à frapper l’esprit des communautés chrétiennes dans un contexte déjà marqué par la montée de l’insécurité et l’inaction perçue de l’État. À Bénoué, le gouverneur lui même pasteur a dénoncé une attaque « barbare et inacceptable », mais ses paroles peinent à convaincre une population abandonnée. À Kaduna, la libération rapide de 31 otages par l’armée ne compense pas l’absence de prévention. Les survivants, eux, réclament des faits, pas des communiqués.
Le silence des grands médias internationaux sur ces événements est également révélateur. Les violences contre les chrétiens au Nigeria sont systématiquement sous traitées, comme si la répétition rendait l’indignation facultative. Pourtant, avec seize morts en deux jours, ce ne sont pas des incidents isolés, mais le symptôme d’un effondrement sécuritaire local. Les autorités fédérales à Abuja, accaparées par la crise économique et l’insurrection dans le nord est, semblent résignées. Tant que l’État n’engagera pas une stratégie globale mêlant désarmement des milices, justice pour les victimes et développement rural, ces drames continueront de rythmer le calendrier religieux du Nigeria.



