Les États-Unis ont officiellement étendu leurs restrictions d’obtention de visas à cinq nouveaux pays africains. Le Botswana, la République centrafricaine, la Guinée, la Guinée-Bissau et la Namibie ont été placés, début janvier, sur la liste dite « orange » du département d’État américain. Cette décision porte à vingt le nombre total de pays africains soumis à des mesures restrictives, dont douze se voient carrément refuser l’accès au territoire américain, sauf dérogations exceptionnelles.
Les restrictions imposées aux ressortissants de ces cinq pays, entrées en vigueur le 1er janvier, sont particulièrement contraignantes. Pour postuler à un visa, les candidats doivent désormais verser une caution pouvant atteindre 15 000 dollars. Ils sont également tenus de se soumettre à des entretiens en personne approfondis, de fournir un historique détaillé de plusieurs années de leurs activités sur les réseaux sociaux et de présenter un compte-rendu minutieux de leurs voyages passés. Le département d’État justifie ces mesures par la nécessité de détecter toute « hostilité envers les principes fondateurs des États-Unis » et de prévenir les menaces potentielles pour la sécurité intérieure.
Cette politique s’inscrit dans le cadre plus large de la stratégie migratoire restrictive mise en place sous l’administration Trump et qui n’a pas été fondamentalement révisée depuis. Elle s’appuie sur un système à deux niveaux. La liste « rouge » interdit purement et simplement l’entrée aux citoyens de certains pays pour des motifs de « sécurité nationale ». La liste « orange », où viennent d’être classés les cinq nouveaux pays, impose, quant à elle, des procédures administratives et financières dissuasives pour les détenteurs de passeports concernés. Cette approche ciblée, bien que présentée comme sécuritaire, est régulièrement critiquée pour son caractère discriminatoire et son impact sur la mobilité et les relations diplomatiques.
Les perspectives à court terme laissent peu espérer un assouplissement de ces mesures. Au contraire, la logique de « listes » pourrait conduire à l’inclusion d’autres pays africains, alimentant les tensions diplomatiques. Les conséquences sont multiples : entraves aux échanges universitaires et économiques, complications pour les familles transnationales et stigmatisation de nations entières. À plus long terme, cette politique risque de peser sur l’influence américaine en Afrique, à un moment où d’autres puissances, comme la Chine, la Russie ou la Turquie, promeuvent une diplomatie facilitant davantage la mobilité.
L’annonce de cette extension est intervenue de manière discrète, par une simple mise à jour du site internet du département d’État, rompant avec l’habitude des annonces fracassantes sur les réseaux sociaux par l’ancien président Trump. Cette discrétion pourrait indiquer une volonté d’ancrer cette politique dans la durée, au delà des clivages partisans, en la normalisant comme un outil administratif de gestion des risques. Elle illustre une approche où la sécurité intérieure prime systématiquement sur les considérations de diplomatie publique et de partenariat.
Sur le terrain, l’impact est immédiat et concret pour les citoyens concernés. La caution financière exorbitante, pouvant représenter plusieurs années de revenus, rend le processus prohibitif pour la grande majorité des demandeurs, transformant le visa en un privilège réservé à une élite fortunée. Par ailleurs, l’exigence de divulgation de l’historique des réseaux sociaux ouvre la porte à une surveillance extensive et pose de graves questions en matière de protection de la vie privée et de liberté d’expression. Ces critères opaques créent un climat d’incertitude et de défiance.
Cette décision place également les gouvernements africains concernés dans une position délicate. Ils doivent naviguer entre la nécessité de préserver des relations avec Washington, souvent cruciales en matière de sécurité et d’aide, et le devoir de protester contre une mesure perçue comme unilatérale et péjorative. La réaction de ces États, qu’elle soit de ferme protestation ou de résignation silencieuse, sera un indicateur clé de l’évolution du rapport de force dans les relations Afrique-États-Unis. L’enjeu dépasse la simple politique des visas ; il touche à la reconnaissance de la réciprocité et du respect dans le partenariat.



