À moins de trois semaines du premier tour de l’élection présidentielle prévu le 12 avril, le parti d’opposition Les Démocrates subit une nouvelle secousse majeure. Deux figures de premier plan, Guy Mitokpè et Chabi Yayi, ont annoncé leur ralliement à Romuald Wadagni, le candidat du parti au pouvoir et dauphin désigné du président Patrice Talon. Ces ralliements, intervenus après une série de démissions internes, modifient sensiblement la configuration politique à l’approche du scrutin.
Guy Mitokpè, porte-parole et figure la plus médiatique de la contestation contre le régime de Patrice Talon, a officialisé son soutien le 25 mars, quatre jours seulement après avoir quitté son parti. Devant la presse, il a affiché son alliance avec le tandem Wadagni Talata, justifiant son choix par le « pragmatisme » et la « volonté de ressouder la cohésion nationale » du candidat. Chabi Yayi, fils de l’ancien président Thomas Boni Yayi et ex responsable des relations extérieures du parti, avait déjà fait le même geste. Pour un parti qui a décidé le 22 mars de n’investir aucun candidat, ces départs illustrent une implosion stratégique.
Les Démocrates, héritiers politiques de Boni Yayi et principal mouvement d’opposition, traversent depuis plusieurs mois une crise de leadership ouverte. Après les élections législatives de janvier 2023, le parti avait déjà perdu une partie de sa représentation parlementaire. Les tensions autour de la succession de son président, ainsi que les départs en série de cadres, ont affaibli sa capacité à peser sur la présidentielle. Ce contexte de fragmentation intervient dans un paysage politique où la mouvance présidentielle contrôle déjà les rouages institutionnels et où l’espace de l’opposition se réduit à une lutte d’influence interne.
À deux semaines du scrutin, ces ralliements privent l’opposition d’un front uni face à Romuald Wadagni. Pour ce dernier, ingénieur et actuel ministre de l’Économie, ces soutiens visent à élargir sa base au‑delà du seul parti au pouvoir et à créditer l’image d’un rassemblement. Cependant, la configuration du scrutin reste marquée par un fort déséquilibre structurel. Un éventuel report de voix de l’opposition vers le camp présidentiel pourrait accroître l’écart dès le premier tour, mais il ne suffira pas à résoudre la question de la représentativité politique dans un système où l’opposition institutionnelle est en miettes.
Les défections de Guy Mitokpè et de Chabi Yayi illustrent une dynamique plus large d’atomisation de l’opposition. Le premier, habitué à incarner la parole critique la plus acérée contre le pouvoir, tente de présenter son ralliement comme un acte de cohérence et non comme un reniement. « La politique exige lisibilité », a‑t‑il plaidé. Mais pour une partie des militants restés fidèles aux Démocrates, ce virage est perçu comme une capitulation face à un régime qui a méthodiquement verrouillé l’espace politique depuis l’arrivée de Patrice Talon au pouvoir en 2016.
Un membre de la direction du parti, sous couvert d’anonymat, résume l’amertume d’une opposition qui se voit dépossédée de ses relais : « Quand tous les partis sont de la mouvance, cela n’honore pas la démocratie. » La phrase en dit long sur la nature du jeu politique béninois actuel. Loin d’un affrontement d’idées, la campagne se résume de plus en plus à des transactions de notables, tandis que les questions de fond sur la gouvernance économique, l’emploi des jeunes et la concentration du pouvoir restent reléguées au second plan.



