Faustin-Archange Touadéra a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle centrafricaine du 28 décembre avec un score écrasant de 76,15% des voix dès le premier tour. Cette proclamation, intervenue dans la nuit du 5 au 6 janvier par l’Autorité nationale des élections (ANE), est immédiatement et fermement rejetée par les principaux candidats de l’opposition, qui dénoncent un scrutin entaché de fraudes massives et réclament son annulation.
Selon les résultats provisoires, le président sortant réalise un raz-de-marée électoral. Son principal adversaire, Anicet-Georges Dologuélé, n’obtient que 14,66% des suffrages, tandis qu’Henri-Marie Dondra, ancien premier ministre de Touadéra, arrive en troisième position avec 3,19%. L’ANE affirme un taux de participation de 52,42% et s’appuie sur le dépouillement de 84,39% des bureaux de vote. Dans un QG de campagne en liesse, Touadéra a salué la “confiance renouvelée” des Centrafricains et leur “attachement à la paix”, tout en se disant prêt à travailler avec “tous les Centrafricains”.
Ce scrutin se tenait dans un contexte de crise sécuritaire et politique persistante. Malgré un accord de paix signé en 2019, une large partie du territoire reste sous le contrôle de groupes armés, ce qui a fortement compliqué l’organisation du vote. La présence massive du groupe paramilitaire russe Wagner, essentiel au maintien au pouvoir de Touadéra, pèse lourdement sur le paysage politique et sécuritaire. La présidentielle de 2020-2021, également remportée par Touadéra, avait déjà été marquée par de vives contestations et une faible participation, dans un pays ravagé par une décennie de conflits.
La suite immédiate du processus est désormais juridique et politique. Les opposants Anicet-Georges Dologuélé et Henri-Marie Dondra ont annoncé leur intention de saisir le Conseil constitutionnel, qui doit proclamer les résultats définitifs le 20 janvier. La communauté internationale, notamment la Mission de l’ONU (MINUSCA) et les principaux bailleurs de fonds, est sous pression pour se positionner face à des résultats dont la crédibilité est ouvertement mise en cause. La capacité de l’opposition à mobiliser au-delà des déclarations, dans un environnement sécuritaire tendu, constituera un test crucial pour l’après-scrutin.
La scène de la proclamation à l’ANE elle-même était éloquente. Elle s’est déroulée dans une cour remplie de ministres et de dignitaires arborant les couleurs du parti présidentiel, le Mouvement cœurs unis. Fait notable, Faustin-Archange Touadéra était accompagné, lors de son discours de victoire, des trois principaux chefs du groupe Wagner à Bangui, illustrant visuellement la dépendance du régime à ce soutien étranger. Cette image renforce les accusations de l’opposition qui dénonce une campagne inéquitable et l’utilisation de moyens d’État.
Les griefs de l’opposition sont précis et antérieurs à la proclamation. Ils pointent un “conflit d’intérêts manifeste” au sein de l’ANE et énumèrent de nombreuses irrégularités. Dologuélé parle d’un “hold-up électoral le moins camouflé de l’histoire de la Centrafrique” et a rapporté à la MINUSCA la “kidnapping” de militaires postés devant son domicile par la garde présidentielle dans la nuit des résultats. Dondra, quant à lui, exige non seulement l’annulation du scrutin mais aussi la dissolution d’une institution électorale qu’il juge structurellement incompétente et partiale.
Au-delà des chiffres, cette élection pose une question fondamentale de légitimité. Le plébiscite affiché par l’ANE vise à assoir l’autorité d’un président qui a consolidé son pouvoir grâce à un allié extérieur non étatique, au prix d’une souveraineté amoindrie. La radicalisation du discours de l’opposition, qui rejette en bloc le processus, laisse présager une période de fortes tensions. La Centrafrique semble s’enfoncer dans un schéma où la validation électorale interne est systématiquement invalidée par une partie de la classe politique, hypothéquant toute perspective de dialogue national et de sortie de crise inclusive.



